PEOPLE & PROJECT  
Dimension 80 – mai 2026

Une nouvelle dynamique pour l’église moderniste et ses abords

Dans le quartier Spoele à Lokeren, les enfants ont repris le chemin de l’église après l’école. L’église Sint-Jozef, un édifice moderniste et point d’ancrage du quartier, a été reconvertie en une garderie extrascolaire. Le cabinet gantois Bressers Architecten y a fait entrer de la lumière et de l’air, préparant le bâtiment aux défis de demain par des interventions ciblées.

Conçue par les architectes Victor Laureys et Willy Dierick, l’église Sint-Jozef a été consacrée en 1978. Quarante ans plus tard, ce bâtiment à l’architecture atypique a été désacralisé puis racheté par la ville de Lokeren. Bien qu’il ne soit ni classé ni protégé, la Ville a choisi de le préserver et de lui offrir une nouvelle vocation, après avoir consulté les riverains. Une étude des besoins a défini un programme combinant une académie des beaux-arts et une garderie, pour lequel un concours d’architecture a été lancé la même année.
Une mission taillée sur mesure pour Bressers Architecten. Son fondateur, Adrien Bressers, s’est illustré durant la première moitié du siècle dernier par une œuvre abondante incluant la construction d’églises. Ces dernières décennies, le cabinet s’est principalement consacré au dialogue entre le patrimoine et l’architecture contemporaine, comme en témoignent les nombreux projets de reconversion complexes. Le projet retenu respecte les qualités spatiales de l’édifice tout en révélant un point sensible, d’après l’architecte du projet, Laure Cornillie : « Le programme initial était trop ambitieux. Même avec la petite extension prévue, l’aménagement restait très dense. Il faut saluer la clairvoyance de la ville de Lokeren qui a osé limiter le programme à ce stade pour se concentrer sur un accueil extrascolaire de qualité. »

Préservation et réinterprétation

La redéfinition du programme a permis d’affiner le projet initial, cette fois sans extension et en mettant davantage l’accent sur la spatialité inhérente au bâtiment moderniste. La géométrie épurée du plan au sol a été préservée et peu subdivisée. Dans la nef carrée de l’église, seul un grand meuble en forme de S a été ajouté pour créer des zones de jeu sans altérer l’effet volumétrique d’origine ni cloisonner excessivement les espaces. L’estrade où se trouvait l’autel a été transformée en une zone pour les tout-petits, délimitée par une paroi vitrée à mi-hauteur. Les espaces intérieurs restent connectés entre eux, tant sur le plan spatial que visuel.
Au sud-est du volume principal, l’ancienne chapelle de jour, à l’origine un espace en contrebas sombre et irrégulier, a été ouverte pour créer un espace extérieur lumineux et intime. La structure métallique a été conservée : elle témoigne du passé et sert désormais de support fonctionnel pour la fixation des balançoires et autres équipements de jeu. Ailleurs également, l’accent a été mis sur la conservation maximale des matériaux: la charpente en bois, les puits de lumière, les murs en briques et les éléments en béton typiques ont été gardés, les dalles et le revêtement de sol d’origine ont été conservés ou réutilisés autant que possible. Les fenêtres ont été prolongées jusqu’au niveau du sol, là où c’était possible, pour faire entrer davantage de lumière dans le bâtiment.
« Le bâtiment d’origine et les éléments de valeur qu’il contenait ont constitué notre point de départ », explique l’associé Peter De Smet. « Nous avons cherché à préserver autant que possible les matériaux et les idées modernistes, puis à les réinterpréter afin d’aboutir à un langage formel expressif et ludique, invitant au jeu et à la découverte. Cela se traduit tant dans le travail volumétrique que dans la matérialité. La disposition asymétrique des fenêtres rappelle par exemple l’articulation irrégulière des éléments en béton d’origine ; des lignes verticales sont intégrées dans le revêtement acoustique mural pour évoquer l’ancien lattage en bois ; et nous avons recouvert le toit à pignon d’ardoises naturelles vertes. Cette couleur fait référence à la moquette d’origine de l’église, mais dans une teinte plus claire afin de limiter la surchauffe et de mieux correspondre à l’univers des enfants. »

Dimension enfantine

« Concevoir des espaces pour les enfants exige une attention particulière de certains aspects », poursuit Laure Cornillie. « Cela commence par une logique d’agencement et de circulation et s’achève par le choix des couleurs et des matériaux. Afin d’optimiser l’ensemble, des consultations avec les différents utilisateurs étaient programmées pendant les phases de conception et de réalisation. C’est ainsi que le choix s’est porté sur des matériaux souples et faciles à entretenir, tels que le revêtement de sol en vinyle, et une palette de couleurs sobres et claires. Ce sont les enfants, le mobilier modulable et les éléments ludiques qui apportent la touche de couleur. »
L’un des défis les plus concrets du projet a concerné le contrôle d’accès. Laure Cornillie: « L’accès à la garderie extrascolaire se fait par l’entrée principale d’origine. Une porte coulissante automatique en verre sépare le couloir de la salle principale, de sorte que personne ne peut entrer sans autorisation, et les employés peuvent voir qui se trouve à la porte. Ils peuvent alors l’ouvrir via un ordinateur relié au meuble S. Cependant, il fallait tenir compte d’une utilisation partagée. À côté de l’entrée se trouve en effet un espace polyvalent pouvant être utilisé par la garderie et des asbl locales ou des intervenants externes. Un agencement intelligent et un accès supplémentaire permettent désormais de séparer les deux fonctions, lorsque c’est nécessaire. »
Le confort acoustique de l’espace a représenté un autre défi de taille. Bien que la forme spécifique de la toiture offrait une base relativement bonne, l’importante hauteur et l’ouverture du volume nécessitaient des interventions supplémentaires. La charpente en bois a été enveloppée acoustiquement et les parois ont été revêtues de panneaux acoustiques. Au-dessus des fenêtres extérieures, un revêtement supplémentaire en laine de bois a été ajouté. « Les panneaux acoustiques ont pu être appliqués sans problème sur les parois verticales, mais pour l’inclinaison du toit, il n’existait initialement aucune certification incendie », explique Peter De Smet. « Il a donc fallu lancer une nouvelle procédure auprès de l’Institut de Sécurité incendie (ISIB). Heureusement, celui-ci a rapidement procédé aux tests et certifications nécessaires, ce qui permet désormais d’utiliser aussi ce matériau sur les parois intérieures inclinées. »

Des détails durables

Le fait que l’église ne soit pas classée a offert à l’équipe de Bressers Architecten une plus grande liberté que d’ordinaire pour ce type de projets de restauration et de reconversion. Parallèlement, des exigences plus strictes étaient imposées : en matière de durabilité et de technologie, le projet devait satisfaire aux normes d’une rénovation énergétique. À cette fin, les toitures et les murs extérieurs ont bénéficié d’une isolation renforcée, les fenêtres extérieures ont été dotées de nouvelles menuiseries en bois et d’un double vitrage anti-solaire, les deux fenêtres en bande de la toiture inclinée ont été remplacées par des modèles en aluminium à double vitrage. L’accent a été mis sur la récupération des eaux de pluie pour les chasses d’eau. Les espaces intérieurs sont équipés d’un chauffage par le sol et d’un nouveau groupe de traitement d’air avec récupération de chaleur et post-chauffage via une batterie de chauffage central.
L’intégration harmonieuse des diverses techniques est frappante. À l’exception d’un conduit d’aération circulaire blanc de chaque côté du volume principal, les interventions sont quasiment invisibles. Laure Cornillie: « Pour le système de commande et le zonage du chauffage par le sol, nous avons pu exploiter le vide sanitaire existant. Afin de ne pas altérer l’esthétique du bâtiment – une condition essentielle pour nous et les résidents du quartier -, nous avons choisi de ne pas installer le groupe de traitement d’air sur l’un des toits plats mais le long d’un mur aveugle, du côté de la voie ferrée. Nous avons accordé une attention particulière aux détails : chaque élément de construction a fait l’objet d’une réflexion et chaque décision a été précédée d’une recherche, tant dans les archives que sur le terrain. Cela nous a permis d’éviter les mauvaises surprises sur le chantier. »
La combinaison des interventions techniques et spatiales assure la réactivation de l’ancien édifice religieux dont l’impact sera durable, d’après les architectes. Peter De Smet: « L’enveloppe du bâtiment est parfaitement conforme aux normes, les systèmes techniques sont zonés, les sanitaires sont situés à un emplacement logique et l’agencement favorise une utilisation flexible de l’espace ainsi qu’un démontage ou un réaménagement aisé. Même en cas de reconversion future, peu d’interventions s’opposeraient à une nouvelle fonction. Et la valeur patrimoniale est préservée. »

Un point d’ancrage dans le quartier

Dès le début, le projet de reconversion s’est construit dans un dialogue avec le voisinage. Tant la consultation initiale lancée par la Ville pour définir les grandes lignes du projet que les moments de concertation plus concrets avec les partenaires et les utilisateurs durant les phases de conception et de chantier ont conduit à un large consensus, à une vision élargie de l’édifice religieux et finalement à la réorganisation des abords dans le cadre d’une mission complémentaire. Là où se trouvait auparavant une cour de récréation classique en dur, délimitée par un mur de classes en conteneurs, Bressers Architecten a imaginé une aire de jeux végétalisée et ludique, avec des dénivelés, une végétation variée, des arbres (climatiques), des bacs potagers et trois oueds. Outre l’ajout de plusieurs modules de jeux en bois et d’un sentier pieds nus, l’église devient un support de jeu grâce aux prises d’escalade fixées aux murs en briques.
« Ce nouvel espace extérieur profite tant à la garderie extrascolaire qu’à l’école primaire voisine. Cela décloisonne le site, insuffle une nouvelle dynamique et redonne à l’église son rôle de point d’ancrage dans le quartier », conclut Peter De Smet.

Fiche du projet

  • Donneur d’ordre: Ville de Lokeren
  • Concept architectural: Bressers Architecten
  • Concept paysager: Bressers Architecten
  • Entrepreneur principal: Pic Reno-decor
  • Entrepreneur principal aménagement extérieur: Hertens Infra
  • Bureau d’études Stabilité: Tecclem
  • Bureau d’études Techniques: STir
  • Bureau d’études Acoustique: Avitech Acoustics
  • Superficie BKO Spoele: 773 m2 intérieur + 311 m2 aménagement extérieur
  • Superficie Aménagement extérieur: 3.243 m2 
  • Budget: € 1.854.503 (BKO Spoele) + € 369.533 (Aménagement extérieur)
  • Calendrier: 2018 - 2025

par Elise Noyez - photos Studio Bourgeat