ARCHITOUR  
Dimension 79 – février 2026

Architour: le bureau d’architecture gantois GAFPA

Le bureau d’architecture gantois GAFPA possède un portfolio impressionnant. Pour cet architour, nous nous intéressons aux rénovations ingénieuses de projets résidentiels.

Par une journée d’automne, nous nous rendons à Ninove en compagnie de Philippe De Berlangeer, l’un des trois associés de GAFPA. Dans un passé lointain, Philippe et moi avons travaillé chez Volt architecten. Avec quelques amis architectes, il faisait également partie du collectif De Zondagsdenkers, réputé pour ses interventions artistiques et les petits projets réalisés par les designers. En 2008, il a quitté Volt pour fonder GAFPA avec Floris De Bruyn – lui aussi membre des Zondagsdenkers – et Frederick Verschueren. Le nom du bureau fait référence au fromage fictif de la nouvelle ‘Kaas’,  écrite par Willem Elsschot.
Ces dernières années, j’ai visité plusieurs de leurs projets, allant de la Weekendhuis à Wachtebeke (présentée dans Dimension nr. 36, 2015), à leur propre bureau et au hall  de production de Lab15, en passant par le centre d’accueil des visiteurs à Dilsen-Stokkem et le Zwin Natuurcentrum, réalisé en collaboration avec Coussée Goris Huyghe Architecten et le bureau d’études Mouton. Actuellement, ils mettent la touche finale à une église à Herentals, qui rompt radicalement avec l’archétype traditionnel, conçue conjointement avec Ted’A de Palma de Majarque. Quelques semaines plus tôt, j’avais déjà pu m’émerveiller devant le monolithe de béton dans lequel les briques de l’ancienne église sont intégrées. Pour cet architour, le choix s’est porté – un peu par hasard – sur plusieurs maisons individuelles, avec ou sans atelier. Il s’agit à chaque fois de belles rénovations, où l’on retrouve des éléments caractéristiques de leur vocabulaire architectural. 

G1609 – Reconversion d’une chapelle en un logement – Ninove – 2016-22 

Notre visite architecturale débute par une chapelle située le long d’un chemin de terre, dans la campagne de Ninove. GAFPA a transformé ce bâtiment classé en un logement. Les interventions sur la chapelle sont restées minimes et réversibles. La seule modification significative est une ouverture à l’arrière, où un perron et une porte marquent la nouvelle entrée et offrent une vue sur le paysage environnant. Les vitraux ont été restaurés, les carreaux violets ont été complétés par du verre clair, créant une vue fragmentée vers l’extérieur. La nouvelle structure intérieure – qui accueille les chambres d’enfants et la salle de bains au premier étage, puis la chambre des parents, le dressing et le bureau au niveau supérieur - est indépendante de la chapelle, à l’exception des deux points d’ancrage qui assurent la stabilité latérale. La construction est sobre et authentique, la superposition visuelle des matériaux avec les bords bruts de la tôle d’acier pliée sont laissés apparents. La cuisine et le coin salon sont nichés sous le nouveau volume, tandis que la table à manger occupe l’espace ouvert adjacent. Dans ce vide, on perçoit toute la dimension de la chapelle, et le séjour depuis l’espace de circulation ouvert. Un escalier en colimaçon mène au sommet, où l’on peut presque toucher le toit. L’ensemble crée une interaction fascinante entre l’intimité d’une maison et la grandeur de l’ancien lieu de prière.
Dans le jardin, un nouveau volume a été érigé à l’emplacement d’un ancien débarras, offrant à la fois une terrasse couverte et un espace de rangement. La construction en acier, tout comme celle intégrée dans la maison, a été réalisée par le propriétaire, également entrepreneur.

G1719 – Extension d’un logement – Lierde – en collaboration avec Denkbar structuurstudies – 2017-21 

Sur une crête à Lierde, GAFPA a agrandi une habitation avec un volume qui reprend le gabarit d’origine, mais qui est volontairement décalé par rapport à l’axe. En reflétant diagonalement le volume au niveau de l’angle, on obtient une configuration organisée autour d’un jardin clos, évoquant la typologie locale de la ferme en carré.
Dans l’angle intérieur, la fenêtre d’angle peut s’ouvrir entièrement sur le jardin abrité. Une structure sophistiquée en CLT permet l’angle en porte-à-faux. L’extension est revêtue de tôles ondulées argentées, complétées par des panneaux perforés assurant à la fois le zonage et le filtrage de la vue et de la lumière, notamment au niveau de l’escalier et comme paroi coulissante devant la porte d’entrée vitrée. De grandes ouvertures cadrent, d’un côté, le paysage de la vallée et, de l’autre, le jardin intime.

G2001 – Reconversion d’une agence bancaire en un logement – Zwijnaarde – en collaboration avec Sileghem & Partners – 2020-22

À Zwijnaarde, GAFPA a transformé une imposante maison mitoyenne - ancienne agence bancaire - en un logement privé. Le coffre-fort en béton, situé au centre de la maison et impossible à retirer, et a été utilisé comme élément organisateur de la nouvelle logique spatiale au rez-de-chaussée. Il structure la maison en travées de profondeur similaire : côté rue se trouvent l’entrée et le bureau ; en vis-à-vis l’ancien coffre-fort, réaménagé en espace de rangement, ainsi qu’un patio qui en reflète son volume et apporte de la lumière naturelle et de la végétation au cœur de la maison.
Entre les travées se déploie un espace de vie ouvert sur le patio, où les colonnes en béton conservées structurent le coin salon. Un haut vide, traversé par un escalier en colimaçon, mène aux chambres à l’étage. À l’arrière, un nouvel espace de vie avec cuisine occupe toute la profondeur de la zone centrale. Cette extension est construite en bois lamellé-collé, dont la texture s’harmonise avec celle du coffrage en béton existant. 
Le coffre-fort ne constitue plus un obstacle : il donne un rythme et du caractère à l’intérieur. La massivité du béton est adoucie par des ouvertures en retrait, accueillant une porte et un puits de lumière. Là où la surface a été poncée, les granulats apparaissent, conférant au béton une tactilité supplémentaire. Les interventions visibles rendent les différents vies du bâtiment lisibles, et donnent à l’intérieur une stratification prononcée.

G2006 – Logement avec atelier  – Sint-Amandsberg – en collaboration avec BAS 2018-24 – 2020-23 

Nous tournée s’achève à Sint-Amandsberg avec deux maisons dotées d’ateliers. Il est remarquable de constater que, tout comme pour le logement dans la chapelle, les propriétaires s’approprient progressivement l’espace par de petites interventions. Côté rue, le garage a cédé la place au bureau du maître d’ouvrage, un graphiste, qui a marqué son territoire avec un drapeau sur la façade et divers objets en vitrine. L’ancienne chocolaterie à l’arrière a été transformée en un logement. Les toitures en béton des premières travées ont été supprimées et remplacées par un patio. La dernière travée, plus étroite, a elle aussi été supprimée – une intervention cruciale, comme on le verra – car le petit patio apporte non seulement de la lumière à la chambre et à la salle de bains, mais constitue aussi un point visuel final dans l’axe de vue traversant le logement lorsque la porte de la chambre est ouverte. Au-dessus de cet axe, une ouverture allongée a été pratiquée dans le toit de l’espace de vie. La verrière a été décalée vers la droite, en direction de la cuisine, les pièces à vivre se trouvant à gauche. Inspirée par les proportions spatiales de La Congiunta de Peter Märkli, elle possède un acrotère de grande hauteur. Sur le toit, trois grilles métalliques coulissantes filtrent la lumière zénithale. Le système sur roulettes s’inspire du mécanisme de couverture des bateaux-paquebots. Le maître d’ouvrage peut déplacer manuellement les grilles à l’aide d’une échelle située dans le patio arrière. Le graphiste explore également les toiles pare-soleil qui pourraient être tendues sur les grilles métalliques pendant les journées les plus chaudes – le jeu de lumière des motifs donnera une dimension supplémentaire à l’intérieur.

G1817 – Logement avec atelier – Sint-Amandsberg – en collaboration avec le bureau d’études Tecclem – 2018-24  

Le dernier projet concerne un autre logement mitoyen avec un atelier. Philippe me fait passer par une porte adjacente donnant sur la cour intérieure et ses garages, comme il y en a tant à Sint-Amandsberg. De là, nous découvrons la façade arrière, qui se présente comme un empilement étroit d’espaces. Une fine bande de fenêtres sur la gauche borde la cage d’escalier, tandis que d’autres ouvertures éclairent plusieurs niveaux de la partie en saillie. La silhouette d’une baignoire autoportante, perceptible derrière le verre dépoli à l’un des étages, révèle l’emplacement de la salle de bains.
Le volume en brique à l’arrière de la maison a été ouvert. Derrière le mur ajouré, on distingue désormais le volume de l’atelier. Le nouveau volume étroit surplombe la moitié de ce qui est devenu un patio. La construction en acier jaune évoque les constructions temporaires. À l’intérieur, la structure existante est complétée par des menuiseries en bois et des piédroits maçonnés réalisés par le propriétaire. Le collage de matériaux fonctionne à merveille. Les premières marches au rez-de-chaussée sont une sculpture en béton de l’artiste Bram Vanderbeke.

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Texte et photos: ir.-arch. Arnaud Tandt