ARCHITOUR  
Dimension 73 – septembre 2024

PLUSOFFICE

Un voyage à travers trois projets de PLUSOFFICE illustre comment la réflexion sur la réaffectation de bâtiments a évolué au cours des dernières années.

Pour cet architour, nous partons avec Ward Verbakel, l’un des partenaires du bureau d’architectes bruxellois PLUSOFFICE. Ward finalise un doctorat sur ‘l’architecture de village’ au sein de PLUSOFFICE, mais nous nous focalisons aujourd’hui sur la réaffectation de bâtiments, un autre thème important du bureau. Au lieu de réaffectation et de ‘reuse’ de bâtiments, PLUSOFFICE préfère le terme ‘repair’ : prendre soin de l’existant et l’amener à un niveau supérieur.

Maison de repos Gaudium (1)

Depuis les bureaux à Bruxelles, nous partons au cœur du Pajottenland. Dans le village de Sint-Ulriks-Kapelle, une section de la commune de Dilbeek, se trouve un ancien domaine de château acheté en 1929 par l’ordre monastique français ‘les Soeurs du Sauveur et de la Sainte Vierge’. Le domaine, un patrimoine protégé, abrite, outre la demeure, une remise, une ferme, une maison de l’aumônier, … PLUSOFFICE a été chargé par l’asbl De Verlosser d’élaborer un plan directeur pour le site et les bâtiments afin de définir les lignes directrices d’un futur centre de soins résidentiels de 150 lits.

Les architectes ont rénové l’ancienne remise Gaudium, qui servait de résidence aux novices, afin d’y installer neuf soeurs dans un premier temps, le bâtiment pouvant ultérieurement devenir une centre de soins résidentiels. Pour cela, des extensions ont été démolies, les façades d’origine ont été restaurées et l’ancienne entrée a été remise en état. Pour créer plus d’espace à l’étage, les architectes ont surélevé la ferme du toit – cachée en façade avant par des surfaces en miroir pour préserver l’aspect d’origine. À côté du bâtiment, un nouveau volume a vu le jour avec la même forme de toit, une ‘sœur jumelle’, mais en retrait pour obtenir une terrasse dans le creux des deux volumes. Le choix des matériaux et le design des détails sont un clin d’œil au bâtiment d’origine. Les tuiles en terre cuite font référence à la façade en brique et les balustrades figuratives s’inspirent des décorations en bois des avant-toits du bâtiment principal. Une nouvelle entrée prévue sur le côté rappelle le lieu de séjour. En prévoyant un grand escalier dans le lieu, et pas uniquement un ascenseur et un escalier de secours, un contact direct est établi entre le rez-de-chaussée et l’étage, qui souligne l’ambiance chaleureuse des espaces communs.

La prochaine phase portera également sur l’aménagement extérieur car un revêtement en asphalte s’étend jusqu’au bâtiment. Cela permettra de créer une transition entre le bâtiment et le domaine protégé. À l’arrière, les grandes jardinières entre le bâtiment et les serres ont été repensées. Elles ne sont malheureusement pas encore aménagées en un jardin productif mais elles offrent des possibilités pour l’avenir. 

Maison communale de Kontich (2)

Notre prochaine arrêt est la maison communale de Kontich. Lors du concours d’architecture, le choix avait été laissé aux architectes de démolir ou non le bâtiment existant. PLUSOFFICE a voulu le garder. Via des analyses de cycle de vie, les concepteurs, avec la KU Leuven, ont déployé des stratégies de rénovation ayant le plus d’effet. Le bâtiment original en forme de U, datant des années ’80, a été imbriqué et rehaussé. La cour intérieure a été fermée par un volume destiné aux archives et recouverte d’une verrière. Le résultat est un volume de construction plus compact. Toute l’organisation interne a été bouleversée : le citoyen n’a plus à chercher son chemin car c’est le personnel qui se rend à l’accueil où les entretiens ont lieu dans l’un des bureaux autour du guichet. La salle du conseil, installée dans la partie supérieure du bâtiment, a une forme et une finition radicalement différentes : les parois vitrées sont enveloppées de métal déployé et le soubassement du volume en saillie est fini avec des miroirs reflétant le bâtiment. Ici aussi, on sent que l’architecte s’est arrêté aux limites du bâtiment. Un gain supplémentaire peut être obtenu par l’aménagement extérieur, qui pourrait établir une connexion entre les espaces verts situés des deux côtés du bâtiment, de sorte que la porte d’entrée ne donnerait plus directement sur la rue.

Site Hi! (3)

Nous terminons notre tour à Grimbergen. Sur le site de l’ancienne usine Douwe Egberts, PLUSOFFICE a servi de médiateur entre le donneur d’ordre, le promoteur Global Estate Group, et la province pour définir une vision future du site. Les architectes ont étudié plusieurs scénarios, de la démolition totale à la préservation la plus large possible. Un permis a finalement été délivré, pour autant que les conditions soient remplies, comme un dédurcissement du sol et un plus grand engagement en faveur de la mobilité douce. Un parking et le rond-point de l’entrée de la direction ont été démantelés et de la végétation a été plantée avec Plant en Houtgoed. Pour ouvrir le bâtiment, un escalier a été construit avec du matériel d’échafaudage qui rend l’entrée clairement plus lisible. Le programme vise à combiner le travail et les loisirs. OPCO se charge de l’exploitation. Lors de notre visite, nous nous sommes brièvement installés au bar d’été temporaire qui avait ouvert la veille. Au rez-de-chaussée se trouve Hi! Meet où les entreprises peuvent organiser des événements pour des grands groupes, une demande croissante depuis qu’elles ont réduit leur surface suite au coronavirus. Pièce Montée a réalisé un certain nombre d’interventions pour adoucir ‘l’architecture d’entreprise’, notamment l’ouverture des faux-plafonds et le montage d’un éclairage bleu. Après un inventaire des matériaux, PLUSOFFICE et Laura Muyldermans ont créé un nouvel agencement pour les bureaux, des systèmes de cloisons démontables aux bureaux, à partir des matériaux disponibles. Du mobilier aux angles arrondis, comme les plans de bureau en mélamine, et coloré est combiné à des éléments verticaux réalisés à partir de supports de table. D’autres supports de tables servent de luminaires ailleurs.

Ward me fait découvrir la tour de l’ancienne zone de production qui abrite des activités sur plusieurs niveaux. Les étages peuvent être loués pour des fonctions logistiques, des petites pme voire comme atelier d’artistes. La mise en oeuvre et la finition sont robustes. La tour a été entièrement strippée et la structure en béton a été comblée là où il y avait des vides ou renforcée lorsque des ouvertures de fenêtres supplémentaires ont dû être créées. Les murs existants en briques de silicate, légèrement collées, ont pu être réutilisées pour les cages d’ascenseur et d’escalier. Lorsqu’un nouveau matériau est introduit, des précautions sont prises pour garantir une seconde vie. Les panneaux OSB des nouvelles cloisons sont par exemple montés en chevauchement afin de pouvoir les réutiliser intégralement, sans perte au sciage.

À l’extérieur de la tour, un escalier de secours en acier s’élance jusqu’au sommet du toit car devrait accueillir à terme une terrasse animée. Lorsque nous nous trouvons sur le toit, Ward me montre la zone où PLUSOFFICE a proposé de céder une partie du terrain afin que les paysages puissent se fondre l’un dans l’autre. Ce n’est pas encore un fait mais il est clair que les architectes ont une nouvelle fois travaillé au-delà des limites d’une mission classique dans plusieurs domaines.

Par ir.-arch. Arnaud Tandt

Photos © Arnaud Tandt