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Dimension 72 – mai 2024
“Les architectes pensent encore trop souvent en termes d’instructions”
Armand Eeckels et Halewijn Lievens (NU Architectuuratelier)

Play, l’exposition monographique récente autour du travail de NU architectuuratelier à Bozar, a abordé la pratique architecturale d’un point de vue ludique et exploratoire. L’accent était mis sur la méthodologie et les visiteurs, enfants inclus, étaient invités à expérimenter.

Par la réinterprétation de la demande du concours et la réalisation d’un parcours spatial et architectural à travers les conduits de ventilation souterrains de l’ancienne mine Winterslag à Genk, NU Architectuur a remporté le concours d’architecture C-Mine Expeditie en 2018. Un tournant vers des missions plus publiques.

Par la réinterprétation de la demande du concours et la réalisation d’un parcours spatial et architectural à travers les conduits de ventilation souterrains de l’ancienne mine Winterslag à Genk, NU Architectuur a remporté le concours d’architecture C-Mine Expeditie en 2018. Un tournant vers des missions plus publiques.

Une petite rénovation à Sint-Amandsberg a marqué les débuts de NU Architectuuratelier. Pour contourner les contraintes du petit budget, Halewijn Lievens et Armand Eeckels ont créé de nombreuses choses, y compris les meubles de cuisine. C’est ce désir de créer qui a rapproché les deux architectes.

NU Architectuuratelier a conçu une nouvelle structure d’accueil pour le Jardin botanique de Meise. Le projet souligne le contraste entre l’horizontalité de l’architecture et la verticalité des arbres environnants, et s’intègre au jardin existant tel un paysage architectural feutré.

Outre la nouvelle infrastructure d’accueil, NU travaille actuellement sur plusieurs projets au Jardin botanique de Meise, notamment la rénovation de la Métairie et du Château de Bouchout. « Bien souvent, un projet est le déclencheur de toute une série de missions connexes. Nous ne réalisons pas uniquement les projets pour le Jardin botanique mais nous nous concentrons aussi sur le développement paysager, les zones naturelles, l’infrastructure de promenade, etc. »

NU a également conçu une nouvelle infrastructure d’accueil au Domaine provincial Nieuwenhoven à Saint-Trond. Les interventions paysagères et architecturales visent à améliorer la qualité de la nature et affichent une ambition circulaire particulière. Le projet est en effet réalisé sans ciment.

NU a également conçu une nouvelle infrastructure d’accueil au Domaine provincial Nieuwenhoven à Saint-Trond. Les interventions paysagères et architecturales visent à améliorer la qualité de la nature et affichent une ambition circulaire particulière. Le projet est en effet réalisé sans ciment.

Le DVC Zevenbergen héberge des personnes aux besoins et handicaps mentaux et physiques divers. Malgré le réflexe initial d’ouvrir le jardin clos et de le connecter au quartier, le concept NU prévoit finalement des espaces intérieurs sécurisés, des patios, une cour intérieure et des pièces paysagères. L’intimité apporte une paix et une stabilité essentielles aux résidents.

Le DVC Zevenbergen héberge des personnes aux besoins et handicaps mentaux et physiques divers. Malgré le réflexe initial d’ouvrir le jardin clos et de le connecter au quartier, le concept NU prévoit finalement des espaces intérieurs sécurisés, des patios, une cour intérieure et des pièces paysagères. L’intimité apporte une paix et une stabilité essentielles aux résidents.

La Maison Perrekes, qui fournit des soins et un soutien aux personnes atteintes de démence, est un projet clé de NU où tant un plan directeur pour l’infrastructure de soins spécifiques que diverses nouvelles fonctions ont été développées. Le projet souligne l’approche empathique du cabinet. « L’architecture n’est pas qu’une transaction commerciale. Nous essayons de coexister avec le programme. Parfois, en allant littéralement vivre quelques jours à la Maison Perrekes. »

Pour la Maison Perrekes, NU Architectuuratelier a conçu le lit berceau. Le meuble est le résultat d’un long processus de développement en collaboration avec l’établissement et est conçu comme une micro-architecture précise qui crée un environnement sûr. D’une certaine manière, il condense tout ce que la Maison Perrekes représente.
PreviousNext‘Choisir, c’est perdre’ dit le proverbe, et NU Architectuuratelier semble partager ce point de vue. Le portefeuille du cabinet gantois serpente joyeusement entre les échelles, les programmes et les disciplines. Pour les fondateurs Armand Eeckels et Halewijn Lievens, l’architecture est une discipline aux multiples facettes qui leur permet de nourrir, d’approfondir et de connecter leurs intérêts. « L’architecture n’est en soi pas l’objectif principal », affirment-ils. « C’est plutôt une manière d’explorer une diversité de questionnements. »
Une exposition à Bozar et la publication d’une première monographie marquent le vingtième anniversaire de NU Architectuuratelier. Contrairement au circuit classique menant aux plans et aux maquettes, à l’aperçu chronologique des projets réalisés ou à l’essai théorique, l’exposition et le livre abordent la production de NU de manière plus ludique et plus exploratoire. Les visiteurs de l’exposition était invités à expérimenter et le livre raconte d’abord une histoire visuelle et intuitive. Ce ne sont pas tant les réalisations architecturales qui sont centrales mais les réflexes, les réflexions et les intentions à l’origine des projets. « Nous voulons inspirer plutôt qu’informer, explique Armand Eeckels. « Une rétrospective est une excellente opportunité de revenir sur la pratique mais aussi sur les motivations qui, finalement, sous-tendent ce que nous faisons. Nous voulons partager cet enthousiasme avec un public plus large. »
Le désir de créer
Dans l’entretien qui suit, le ‘désir’ apparaît comme un concept central. C’est l’envie de créer qui a réuni Armand Eeckels et Halewijn Lievens, alors collègues chez Maarten Van Severen, il y a vingt ans. Ils se retroussent en effet les manches pour contourner les contraintes d’un petit budget d’une rénovation à Sint-Amandsberg. Halewijn Lievens: « Maarten ne se voyait pas assumer le projet et il nous a proposé de le faire à notre compte. Nous avions tous les deux envie de lancer nos propres projets et Armand avait déjà conçu le magnifique bureau Ling avec Arunas Arlauskas, mais c’est au cours de cette rénovation que nous avons remarqué que nous partagions un intérêt particulier pour la création de choses par nous-mêmes. »
L’approche pratique de NU se reflète dans son appellation ‘architectuuratelier’, bien que le choix de créer ait diminué au fur et à mesure que l’équipe s’agrandit. Mais les architectes continuent de saisir les opportunités de création matérielle. « Cette dynamique était plus facile à combiner lorsque nous étions un petit bureau, mais cela ne veut pas dire que notre enthousiasme a faibli. Pour l’exposition, par exemple, nous avons créé de nombreux éléments avec l’équipe, et nous essayons de nous créer des opportunités dans les projets. Nous avons par exemple contribué au développement du ‘lit berceau’ pour l’établissement de soins Huis Perrekes à Oosterloo et nous étudions actuellement la chaîne la plus courte dans le cadre d’un projet pour le Jardin botanique à Meise. Les arbres déracinés peuvent trouver une nouvelle vie dans du mobilier fixe ou mobile. Par rapport aux projets précédents, pour lesquels nous étions responsables du prototypage et de la réalisation, c’est quelque chose de plus intériorisé, la réflexion nous fait entrer dans le monde de la création. C’est fascinant car le bois frais est une matière vivante, qui présente des temps de séchage et un traitement totalement différents du contreplaqué, par exemple. »
« Il y a aussi des restrictions dans la création », ajoute Armand Eeckels. « Si vous les connaissez et que vous les reconnaissez, alors vous pouvez aller plus loin, même lors des contacts avec les entrepreneurs, par exemple. Vous n’imposez pas d’exigences irréalistes mais vous réfléchissez à la manière créative de faire des choses simultanément belles et réalisables. En architecture, on pense encore très souvent en termes d’instructions. Vous faites des plans, des spécifications, … Vous indiquez comment réaliser les choses. La logique est totalement différente quand c’est vous qui les créer, c’est une autre dimension. »
Nombreux intérêts
Pour que les jeunes collaborateurs de l’équipe aient l’opportunité à court terme d’expérimenter le lien entre la planche à dessin et la réalité, NU conserve un ou deux projets privés de petite envergure dans son portefeuille, bien que ce soit surtout les commandes publiques qui ont permis au bureau de se faire un nom ces dernières années. Le développement d’un parcours architectonique au C-Mine avec un contraste entre les expériences spatiales dans les conduits de ventilation souterrains et les puits de mines, d’une part, et l’ascension du chevalement, d’autre part, fut le premier projet. D’autres ont suivi depuis comme la vision du plan directeur pour la rénovation de la Maison Perrekes, une nouvelle construction de remplacement pour une école secondaire à Waregem et divers projets pour le Jardin botanique de Meise.
« Ces dernières années, nous avons abordé un certain nombre de thèmes », reconnaît Armand Eeckels. « Un projet est souvent l’élément déclencheur. La Maison Perrekes a par exemple marqué le début d’un immersion dans les soins de santé, tandis que les projets au Jardin botanique de Meise ont donné lieu au développement d’espaces paysagers, de zones naturelles, d’infrastructures de promenade, etc. Les projets sont le début d’un monde plus vaste que l’on découvre, c’est fascinant. »
Halewijn Lievens: « En fin de compte, un projet doit nous agripper. Cela peut se situer quelque part entre l’homme et la technologie. Il peut s’agir d’un programme dont le défi réside principalement dans la construction, mais ce peut être aussi une demande sociale pour laquelle nous entamons une réflexion sur la personne, la société et les aspects sociaux. Nos intérêts sont vastes, et d’une certaine manière, l’architecture est un moyen de traiter tout cela, de rassembler les disciplines, les domaines de connaissance et les aspects et de les explorer dans leur complexité. Nous essayons de trouver des solutions pour les soins de santé mais pas uniquement dans le domaine de la santé mais dans la connexion et l’élargissement de la demande. Chaque projet de soins remplit une fonction publique et sociale, tout comme un habitat privé et simple en apparence peut avoir une signification pour la ville. Le large portefeuille nous permet d’enrichir l’interaction et de créer de la valeur ajoutée dans chaque projet, au-delà du programme. »
Une approche empathique
Les architectes font partie intégrante de l’interaction. Ce qui est décrit sur la page web de NU comme ‘une approche empathique du processus de conception’ s’exprime dans la recherche d’un dialogue et d’une connexion entre le concepteur et l’utilisateur, au sens le plus large du terme. Halewijn Lievens: « Nous sommes conscients qu’en tant qu’êtres humains, nous construisons quelque chose pour un autre être humain. Ce n’est pas qu’une transaction commerciale. Nous essayons d’expérimenter le projet d’y prendre une place. Cela se produit parfois littéralement comme quand nous allons loger quelques jours à la Maison Perrekes. Une telle approche empathique ne peut cependant fonctionner que par une dialogue fort. On ne peut pas s’imposer comme seul filtre ou prendre son intuition a priori ; il faut enrichir et développer l’approche, oser ajuster les réflexes. Par exemple, lors du développement de DVC Zevenbergen à Ranst où vivent des personnes souffrant de handicaps mentaux et physiques importants, notre premier réflexe a été d’ouvrir le jardin clos et de le connecter littéralement au quartier, mais il est vite apparu après des discussions avec les prestataires de soins et d’autres personnes, que cela aurait été contraignant pour les résidents. Pour eux, le calme, la stabilité et l’intimité de cet espace sécurisé étaient indispensables. Lors de projets, des entretiens avec les personnes directement impliquées et les parties externes sont extrêmement importantes. »
La spécificité d’une telle approche du processus de conception est que chaque projet comporte une forte composante de recherche. Armand Eeckels: « On acquiert progressivement de l’expertise mais on ne peut pas l’appliquer par réflexe au projet suivant. D’une part, les perspectives sur les soins notamment évoluent constamment et, d’autre part, la même demande dans un lieu différent ou pour un autre client n’exige pas nécessairement la même approche. Les logements sont peut-être l’exemple le plus simple. Nous avons déjà réalisé de nombreux logements avec des demandes similaires mais aucun d’entre eux n’est identique, précisément parce que nous nous intéressons de près aux souhaits du client et que nous développons un dialogue autour de ces souhaits. »
La recherche d’efficience
Cependant, l’ambition d’écrire une histoire individuelle et approfondie pour chaque projet a un revers dangereux. L’atelier d’architecture NU y a été douloureusement confronté il y a quelques années. « A un certain moment, la pression est devenue trop forte », explique Armand Eeckels. « Nous voulions faire de la bonne architecture mais nous étions en train de nous épuiser et d’épuiser notre personnel. Il n’y avait plus d’enthousiasme et, personnellement, j’ai même envisagé d’arrêter. »
Armand Eeckels a finalement changé d’avis, notamment après une participation aux ‘burning cases’ du Voka. « C’était très enrichissant de constater que chaque chef d’entreprise connaît sa quête et ses problèmes, et d’entendre comment des personnes issues de secteurs totalement différents perçoivent nos problèmes et les perspectives qu’elles avancent, etc. « Forts de cette expérience, nous avons commencé à repenser notre organisation pour arriver à la structure actuelle au bout d’un an et demi. Dans cette structure, les projets sont confiés à des petites équipes variées et nous essayons d’être flexibles quant au rôle de chacun. De cette manière, personne ne reste dans une certaine position, tout le monde sait ce que signifie travailler solidairement et nous excluons la hiérarchie et les tensions au sein de l’équipe. Les collaborateurs assument spontanément d’autres rôles dans l’entreprise, de sorte que nous ne sommes plus le goulot d’étranglement de chaque décision. »
Le post-calcul fait partie intégrante des activités de NU. « Pour pouvoir continuer à accorder de l’attention à l’histoire individuelle et veiller à avoir assez de temps à la recherche en matière de conception, il est nécessaire de contrôler les processus et de les organiser de la manière la plus intelligente possible. Nous veillons à ce que les collaborateurs soient toujours au courant des budgets d’un projet, des heures disponibles et du raisonnement qui les sous-tend. Si la réunion de planification hebdomadaire montre que l’équilibre n’est pas correct, une sonnette d’alarme retentit, mais il ne s’agit pas de pointer du doigt comme le ferait un management de contrôle. C’est avant tout une prise de conscience. Bien entendu, nous ne nous arrêtons pas quand le résultat n’est pas satisfaisant mais nous savons au moins qu’il faudra chercher des opportunités pour réparer les dégâts dans la phase suivante du projet. Nous nous efforçons de ne pas perdre de vue l’efficience. Voyez combien de temps prenait un projet autrefois … c’est absurde. Nous avons énormément évolué dans ce domaine. »
Un moment de courage architectural
Enfin, les architectes soulignent que le fait de répondre à la demande d’un client ne signifie pas que tous les souhaits doivent être exaucés aveuglément. Armand Eeckels: « En tant qu’architecte, vous avez une certaine responsabilité, tant sur le plan social qu’en termes de durabilité, par exemple. Il faut oser l’assumer. Voilà pourquoi nous avons notamment décidé de repenser la demande du concours pour C-Mine Expeditie en 2018 et d’ajouter une couche culturelle à la mission initiale plutôt orientée vers la consommation, et que nous avons opté pour le Vaartkom lors du concours pour une piscine en plein air à Leuven afin d’y autoriser la baignade et de créer ainsi un indicateur public de la qualité de l’eau dans la ville. »
« En termes de durabilité, nous privilégions le bois plutôt que le béton lors de la réalisation de la liaison nord-sud entre Hasselt et Eindhoven, et lors de la conception de l’infrastructure d’accueil du Domaine provincial Nieuwenhoven à Saint-Trond, nous nous sommes fixés l’ambition explicite de travailler sans ciment. Il s’agissait de choix assez audacieux qui pouvaient sembler irréalistes au départ, mais qui ont permis depuis de réaliser toutes les passerelles des piétons et des cyclistes en bois de la liaison nord-sud et de livrer bientôt un bâtiment exempt de ciment. Parfois, au début d’une projet, il est pertinent de faire une déclaration audacieuse et d’essayer de s’y ternir. Si tous les acteurs du secteur de la construction font un pas de temps en temps, nous pourrons peut-être progresser plus rapidement. »