PROJET À L'HONNEUR  
Dimension 71 – février 2024

Campus pour enfants Theodoor: une contribution très attendue au Bois du Laerbeek

Au creux de l’angle sud-ouest de la composition rigide de blocs de béton gris qui constituent le VUB Health Campus à Jette se niche un volume atypique. Au lieu de s’élever vers le ciel, le campus pour enfants Theodoor de quatre étages et de couleur terracotta s’étend vers le Bois du Laerbeek à l’arrière du site. Le groupe-cible des utilisateurs, principalement des enfants à divers stades de la vie, bénéficie d’une interaction particulière avec la zone naturelle protégée.

Par Ir. Arch. Elise Noyez – Photos: Evenbeeld

C’est l’infrastructure vétuste de la crèche de la VUB qui a motivé la construction du campus pour enfants Theodoor, mais il ne s’agit aucunement d’un remplacement à l’identique. À l’initiative de la Commission communautaire flamande, décision fut prise en 2013 d’ouvrir une école maternelle et une école primaire au même endroit. Le CAW de Bruxelles, Kind & Gezin, Huis van het Kind et le groupe de scouts Jettois De Faunaten ont été impliqués ultérieurement dans le projet. Le programme complet a fait l’objet d’un concours d’architecture en 2016 avec le Bouwmeester maître architecte de Bruxelles, et soutient les différentes étapes de la vie et des besoins de l’enfant – du nourrisson à l’adolescent en herbe et de la détente à l’enseignement et à l’aide d’urgence –, selon une échelle considérablement plus grande que l’ancien bâtiment de la crèche.

Un processus tactile

Le projet de concours présenté par le bureau anversois Cuypers & Q architecten en 2016 a été précédé de nombreuses recherches. Lors des schémas et des maquettes successives, les diverses fonctions ont d’abord été empilées dans une tour classique avant d’être déstructurées couche par couche puis réorganisées.

« Nous avons rapidement compris qu’un bâtiment de grande hauteur, comme il y en a ailleurs sur le site, n’était pas envisageable en raison de l’ombrage et des possibilités d’interaction limitées avec l’environnement », déclare la partenaire Ilze Quaeyhaegens. « De plus, nous voulions garder l’ensemble comme une seule construction. Il était hors de question de répartir les diverses fonctions dans des bâtiments distincts. Mais comment traduire ce vaste programme dans un volume qui devait s’intégrer d’une part à la zone naturelle en arrière-plan et, d’autre part, au plan directeur vert déjà élaboré par Omgeving pour l’ensemble du site universitaire ? Cette recherche a nécessité de nombreux copier-coller, au sens propre comme au figuré. C’est principalement grâce au processus tactile de la maquette que nous avons pu réellement imaginer la volumétrie du bâtiment par rapport au terrain. »

Le résultat de ce processus est une structure horizontale de quatre niveaux, nichée dans le dénivelé du terrain, qui s’étend progressivement vers le Bois du Laerbeek. La courbe qui pousse l’empreinte rectangulaire du bâtiment dans un parallélogramme est une conséquence des contraintes imposées par l’environnement. « Pour pouvoir donner une place à toutes les fonctions, nous avons littéralement construit jusqu’aux limites non aedificandi de la zone Natura 2000 », ajoute l’architecte de projet Sofie Borré. « D’où cette courbe qui caractérise le bâtiment. Cependant, l’espace n’est pas entièrement bâti. Au niveau inférieur, tous les côtés de l’empreinte du bâtiment sont construits mais l’espace central est ouvert et végétalisé. Aux deux niveaux supérieurs, la construction est limitée aux ailes nord et est, et au dernier niveau, seule l’aile nord est occupée. Les utilisateurs bénéficient donc d’une luminosité optimale et d’une connexion directe avec le bois situé à l’arrière et classé zone Natura 2000, tant visuellement par les pentes naturelles du terrain, les toitures vertes et les escaliers larges, que physiquement. »

Un volume convivial

Ilze Quaeyhaegens décrit le campus Theodoor comme un volume ‘convivial’, en référence sans doute à la manière plutôt modeste dont la construction est nichée dans la pente du terrain, mais aussi à la relation avec les utilisateurs et la lisibilité interne. Malgré l’échelle du bâtiment, les groupes-cibles ne doivent pas le vivre comme un mastodonte. « Nous n’avons pas négligé l’espace et tout est adapté à l’enfant. Chaque fonction a un niveau spécifique. L’organisation repose sur un principe très simple : plus l’enfant grandit, plus il monte dans le bâtiment. La crèche se trouve donc au niveau inférieur avec le patio et quelques terrasses comme espace extérieur clos. Le niveau au-dessus abrite les classes maternelles et l’école primaire. Les locaux des scouts sont hébergés dans le volume de l’école primaire tandis que les fonctions de bureaux sont rassemblées dans l’aile est. »

 

Via les toitures vertes et les terrasses ainsi que le vide entre les bureaux et le réfectoire, des connexions visuelles sont établies entre les utilisateurs, sans pour autant que les allées ne se croisent. « Suite au dénivelé du terrain et à l’organisation précise du bâtiment, chaque fonction à son niveau se connecte avec le niveau du sol. Chaque groupe-cible a sa propre entrée, claire et accessible, toujours à un niveau différent et dans un autre angle du bâtiment. Cela contribue à une lisibilité externe et interne plus grande. »

 

 

Si on opte régulièrement pour une utilisation diversifiée des matériaux pour des questions de lisibilité et d’intimité, l’intérieur du campus Theodoor présente, lui, une uniformité frappante. Un linoléum rose tendre recouvre l’entièreté du sol du bâtiment, les cloisons structurelles sont invariablement en béton nu et quand on lève les yeux, on remarque des plafonds à lamelles et un éclairage identiques. Seul le mobilier est adapté au groupe-cible spécifique. « Nous ne voyons aucune raison d’ajouter une couche artificielle de diversité avec des couleurs ou des matériaux », poursuit Ilze Quaeyhaegens. « D’abord parce que l’architecture en tant que telle est explicite, ensuite parce que les utilisateurs – en particulier les enfants – colorent plus qu’assez l’ensemble. Par ailleurs, la colline et le bois que l’on peut admirer à travers les baies vitrées jouent un rôle plus important à l’intérieur. Finalement, c’est l’environnement extérieur, plutôt que l’intérieur, qui définit la spatialité du projet. »

 

Les économies deviennent des opportunités

Le nombre de matériaux mis en oeuvre a été réduit au minimum pour plusieurs raisons, continue Sofie Borré. « Les grandes surfaces compriment les coûts et simplifient la maintenance, ce qui améliore la durée de vie des matériaux. Plus important encore, la matérialité uniforme confère une flexibilité utile au bâtiment. Si d’autres fonctions sont ajoutées dans l’avenir ou si un groupe-cible a besoin de plus d’espace, il ne faudra par exemple pas changer le revêtement de sol. D’une certaine manière, il y a un glissement dans l’occupation des espaces. À l’exception de quelques murs porteurs, l’aménagement intérieur est entièrement démontable. »

 

Il est frappant de voir jusqu’à quel point Cuypers & Q a poussé la démontabilité. Le bâtiment est par exemple modulé sur 120 cm et la méthode de fixation mécanique est privilégiée là où c’est possible. « Nous avons consacré beaucoup de temps à la mise en place correcte de la trame mais nous avons pu garder des matériaux intacts autant que possible, réduire les pertes de coupe au minimum et, si nécessaire, tous les matériaux peuvent être démontés et réutilisés sans perte de valeur. »

 

 

Cette modulation sophistiquée est visible sur la façade reconnaissable du campus Theodoor où l’articulation de bandes horizontales en béton préfabriqué de couleur terracotta, d’une part, et les profilés verticaux et joints ouverts, d’autre part, accentuent la trame. « Au départ, la façade aurait dû être totalement différente », explique Sofie Borré. « Lorsqu’il a fallu procéder à des coupes budgétaires et que l’exosquelette proposé s’est avéré trop cher et non optimal en termes de PEB technique, nous avons saisi cette opportunité pour affiner les concepts existants. Pour le revêtement de façade, nous avons sélectionné un produit simple et bon marché, à savoir des plaques profilées en fibres-ciment, utilisées traditionnellement pour les toitures d’étables, notamment. Ces plaques de couleur et de dimensions standard sont fixées mécaniquement avec, par étage, la superposition d’une plaque entière et d’une demi-plaque. Un choix économique, énergétique et circulairement intéressant, qui enrichit la lisibilité et la tactilité de la façade. »

 

Des ambitions de durabilité exceptionnelles

La flexibilité et la démontabilité du bâtiment ne sont que deux aspects des initiatives de durabilité récompensées par le label be.exemplary. Sofie Borré: « Dès le départ, nous voulions faire mieux que la norme de construction passive obligatoire à Bruxelles et nous avons adopté une vision à 360° de la durabilité. La circularité a joué un rôle important avec, outre la démontabilité, le réemploi d’éléments sanitaires de la petite école temporaire ainsi que le démantèlement et l’inventorisation de la crèche d’origine en collaboration avec Rotor et Buildwise, mais nos ambitions portaient également sur l’eau et l’énergie. »

En témoignent les 284 panneaux pv installés sur les toitures vertes, le champ BEO avec une soixantaine de forages de 119 m de profondeur et le choix de l’activation du noyau de béton. « Nous avions également envisagé la riothermie », signale Sofie Borré, « mais des recherches préliminaires menées avec des chercheurs de la VUB et de l’UZ ont montré que la valeur ajoutée était insignifiante. » Ce qui a en revanche retenu l’attention, c’est la valeur ajoutée écologique et naturelle d’un ancrage dans l’environnement. «  Les forestiers nous ont notamment expliqué que le Laerbeek était asséché une grande partie de l’année et que la zone naturelle environnante en souffrait de plus en plus. C’est en partie pour cette raison que les eaux de pluie excédentaires provenant des toitures du campus Theodoor, non utilisées pour les sanitaires, ne sont pas évacuées vers l’EEP mais déversées dans le Laerbeek. »

Apprendre à jouer dehors

Ilze Quaeyhaegens souligne l’importance de la collaboration avec les forestiers ainsi que Bruxelles Environnement et Natura 2000. « La focalisation sur l’aménagement des abords, pour lequel nous avons conclu un partenariat avec Omgeving, consistait principalement en une transition progressive vers la zone naturelle, ce qui a demandé une grande attention dans le choix des plantes, la sauvegarde du patrimoine arboré et l’élimination d’espèces exotiques, notamment. Les partenaires nous ont guidés, ce qui a permis de limiter au minimum l’abattage d’arbres et de planter à la place des arbres de valeur. »

Les arbres abattus dans le cadre du projet sont aujourd’hui des éléments de jeu au patio. Pour rendre les surfaces vitrées visibles à l’intérieur, Cuypers & Q a prévu des illustrations d’animaux vivant dans le Bois de Laerbeek. Chaque espace offre une vue sur la végétation et tant les tout-petits que les élèves de l’école primaire se rendent régulièrement à la zone naturelle par les terrasses, les rampes et les grands escaliers. « Le campus pour enfants Theodoor est finalement le fruit d’un trajet participatif particulier, pour lequel nous et les parties prenantes nous sommes concentrés sur l’organisation mais également la perception. Nous avons créé le plus d’opportunités possible pour attirer l’environnement naturel à la fois dans le bâtiment et le projet didactique, et il est formidable de voir comment les utilisateurs s’en servent effectivement. Dernièrement, un des élèves du campus nous a dit qu’il avait appris à jouer dehors … Quel merveilleux compliment ! Mon seul regret est de ne pas avoir pu réaliser l’immense toboggan qui devait partir du troisième niveau et descendre jusqu’au Bois », conclut Ilze Quaeyhaegens en souriant. « Cela aurait été absolument fantastique, non? »

Fiche du projet

Donneur d’ordre: Vrije Universiteit Brussel

Architectes: Cuypers & Q architecten

Bureau d’études Stabilité: UTIL struktuurstudies

Bureau d’études Techniques: CENERGIE

Bureau d’études Acoustique: Daidalos Peutz

Bureau d’études Paysagiste: Omgeving

Intégration d’oeuvres d’art: Adriaan Tas et Luca Beel

Superficie du bâtiment: 5.115 m2

Superficie du terrain: 17.390 m2

Budget: 11.850.000 euro

Calendrier: 2016 - 2022