EVÉNEMENTS
Dimension 69 – septembre 2023
Biennale d’Architecture de Venise
Cette année, la Biennale d’Architecture de Venise s’intéresse à l’Afrique et à la diaspora africaine. Une exposition complexe et sans les usual suspects, où l’architecture en tant que telle est un peu absente.
L’architecte et romancière ghanéenne et écossaise Lesley Lokko est la curatrice de cette 18e édition. Fondatrice de l’African Futures Institute à Accra, au Ghana, une plateforme post académique pour l’architecture et les événements publics, Lesley Lokko se consacre à l’Afrique et à la diaspora africaine. L’image de l’architecte en tant qu’homme blanc d’un certain âge est ajustée : la parité des genres parmi les participants est de 50/50 et la moyenne d’âge de 43 ans, bien inférieure à la normale. Le public lors des journées de (pré)ouverture, traditionnellement un mix de participants, de journalistes et d’invités était étonnamment hétéroclite. Plus que sur l’architecture traditionnelle, l’accent est mis sur la recherche interdisciplinaire, où la décolonisation joue souvent un rôle, même là où on ne s’y attend pas. Dans le cadre de la participation irlandaise, une étude historique a été rédigée en gaélique et traduite en italien mais pas en anglais, la langue du colonisateur.
Des gravats de Bruxelles
Comme l’exposition reste éloignée des architectes occidentaux habituels, les œuvres ayant un lien avec la Belgique sont limitées. Sammy Baloji, l’artiste qui fait la navette entre Bruxelles et Lubumbashi, a reçu une mention spéciale lors de la remise des Lions d’Or pour ses présentations à l’Arsenal. Dans une première proposition, il montre des documents d’archives de la construction dans la colonie belge ainsi qu’une maquette du pavillon belge à l’Exposition universelle de 1935 réalisée par Henri Lacoste et un film dans lequel il associe des images historiques sur l’étude agronomique à des images d’aujourd’hui. Sa contribution la plus marquante est un grand mur qui traverse le parcours de l’Arsenal. Une structure constituée de débris de construction et de briques aux formes triangulaires, mêlant des gravats de Bruxelles et du verre de Venise. Le mur est le résultat d’une collaboration entre Gloria Cabral, dont le cabine d’architecture se focalise sur le réemploi de matériaux de démolition et l’historienne de l’art Cécile Fromont.
L’inclusion dans la construction
Un peu plus loin, nous passons sous des rideaux rouges qui évoquent le profil du toit du bâtiment en devenir de Carton123 architecten de Bruxelles et du bureau italien BDR Buro. Ce projet pour l’enseignement primaire spécialisé, d’enseignement artistique à temps partiel et de travail de vacances, verra le jour dans la commune de Zwevegem. Les architectes travaillent avec le groupe de recherche de la KULeuven research(x)design sur l’inclusion dans la construction, notamment pour des enfants atteints de troubles du spectre autistique. À l’Arsenal, l’ensemble est joliment visualisé par des rideaux rouges et expliqué à l’aide de maquettes. Une bouffée d’air frais dans cette édition où il y a peu de maquettes ou de plans à voir, tant dans les expositions générales que dans les pavillons nationaux.
Critique de la Biennale
Outre la décolonisation, la Biennale fait elle-même l’objet de présentations. Les Lettons ont fait de leur participation à l’Arsenal un supermarché présentant les idées des biennales précédentes. Plus de 500 pavillons ont été conditionnés en produits consommables à l’aide de l’IA -– ‘1907… after the party’ étant le seul produit belge que nous avons pu repérer.
La critique de la Biennale et la manière dont elle colonise la ville ne s’arrête pas là. Alternant des biennales d’art et d’architecture, la Biennale prend de plus en plus de place dans la ville. Les Giardini sont complètement coupés du reste de la ville. Les Autrichiens ont voulu y remédier. Ils ont proposé un pont piétonnier qui partirait de leur patio et franchirait la clôture des Giardini afin que les Vénétiens puissent à nouveau circuler librement dans le parc. Mais leur projet s’est heurté à la bureaucratie, si bien que l’escalier – provisoire – qui part de leur patio se termine par une plateforme d’où l’on a une vue sur l’environnement.
D’autres pays étudient leur propre pavillon. Le Japon décrit l’histoire de son pavillon et montre comment la conception est ancrée dans le contexte vénitien à travers des références – comme les puits d’eau traduits dans le vide qui traverse le bâtiment. Des ajouts temporaires, comme un auvent légèrement affaissé au-dessus de l’escalier extérieur, révèlent l’architecture du pavillon. Les Suisses ont démoli le mur adjacent au Venezuela et présentent les deux pavillons comme un seul ensemble.
Panneaux de champignons
Les personnes qui se rendent à la Biennale pour savoir ce que l’avenir nous réserve, attirées par le thème ‘The Laboratory of the Future’, seront quelque peu déçues. La participation belge, cette année une initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles, apporte une réponse possible. Dans ‘In Vivo’, les architectes de Bento et Vinciane Despret interrogent notre système de production extractiviste. Il en résulte un agencement central où des panneaux de mycélium, la partie végétative des champignons, sont montés sur une structure légère en bois. BC materials a revêtu le sol de terre crue. La structure est élégante, la présentation intelligente et facile à comprendre. Il ne faut pas chercher loin la signification, en accord avec le reste de la Biennale qui nécessite de creuser un peu pour atteindre l’essentiel.
Rédaction: Arnaud Tandt
Biennale de l’Architecture 2023, jusqu’au 26 novembre 2023 aux Giardini et à l’Arsenal de Venise.
www.labiennale.org