PEOPLE & PROJECT  
Dimension 61 – septembre 2021

L’ancienne gare ferroviaire devient un quartier animé

La réaffectation temporaire donne une nouvelle dynamique au quartier en développement

Derrière la gare de Leuven se trouve un endroit spécial. Sur le site des Ateliers centraux – là où la ville construit un nouveau cœur pour la sous-commune de Kessel-Lo – des entrepreneurs locaux, des organisations pour l’égalité des chances et des associations sportives sont réunis dans un ancien hall des chemins de fer.

L’ancien site ferroviaire de la SNCB est en plein développement. Il doit devenir le nouveau cœur de la sous-commune Kessel-Lo et offrir des fonctions publiques comme une académie, une maison des jeunes, un mix de logements et trois halls industriels que la ville va restaurer pour leur donner un nouveau sens.

« Pour la réaffectation des anciens halls de chemins de fer, AGSL a accompli un long trajet pour leur restauration et leur reconversion, allant de l’étude de marché aux études de faisabilité et aux entretiens concrets avec les divers partenaires qui, juste avant la signature de la déclaration d’intention, se sont retirés », explique Lien Geysen, coordinatrice du projet chez Autonoom Gemeentebedrijf Stadsvernieuwing Leuven (AGSL). « Au cours de la même période, plusieurs Louvanistes engagés sont venus nous voir avec une proposition de reconversion temporaire du hall 5. Comme les travaux de restauration n’étaient pas pour tout de suite et que nous ne voulions pas laisser le hall vide, ce fut une opportunité pour nous d’étudier les options d’une reconversion définitive. »

Le projet

La question: une reconversion temporaire en tant que vivier urbain pour le quartier

Michiel Van Balen est un des Louvanistes engagés à l’origine dans la réaffectation temporaire du hall 5. Il habite le quartier et est architecte chez Miss Miyagi, une organisation spécialisée dans la coordination de projets immobiliers à valeur ajoutée sociale. « A l’époque, avec quelques résidents, nous avions aménagé un parc sur le site avec des équipements de jeux simples, et nous rêvions de faire quelque chose avec les anciens halls des chemins de fer. Nous sommes allés voir AGSL avec un plan de reconversion provisoire pour lequel AGSL a lancé un open oproep », explique-t-il. L’appel s’adressait à un groupe d’organisations pouvant transformer le hall 5 en un vivier urbain pour le quartier, et utiliser en l’état la surface totale du bâtiment.

La solution: un point de chute unique pour les organisations locales et les entrepreneurs

Le groupe des organisations et des entrepreneurs, soutenu par Miss Miyagi, a tiré la plus longue paille et obtenu le hall en concession pour 5 ans. En septembre 2017, le Hall 5 rénové ouvrait ses portes. « La vzw Hal 5 rassemble aujourd’hui une dizaine d’organisations qui sont hébergées dans le hall et regroupées autour de clusters sur l’alimentaire, le mouvement et le développement communautaire », détaille Hanne Vanhaverbeke, coordinatrice de la vzw Hal 5. « A l’avant du hall se trouve le food-court avec le bar géré par la vzw et plusieurs entrepreneurs commerciaux dont une pizzéria. Il y a aussi une cuisine traiteur, une épicerie sociale, une boulangerie bio et un point d’enlèvement de produits locaux de Boeren & Buren. Le hall polyvalent et les zones ouvertes dans le long hall, dont le bar, peuvent être loués pour des événements. Sous le dénominateur mouvement, on retrouve l’association Sporty vzw pour les enfants et les jeunes et le département parkour de l’école de cirque Cirkus in Beweging de Leuven. Le bâtiment communautaire abrite deux organisations pour l’égalité des chances – Arktos et Riso Vlaams-Brabant. A l’extérieur, VELT a prévu un jardin de cueillette où se déroulent aussi des ateliers, et Fleur Locale exploite un champ de cueillette de fleurs bio. Il y a un mouvement constant d’entreprises qui démarrent puis s’en vont, mais ce qui est bien, c’est que 80 pourcents des partenaires avec lesquels nous avons commencé sont toujours là. Nous ne sommes jamais à court de nouveaux partenaires. La demande d’espaces abordables dans la ville est très élevée. »

La réalisation: des volumes box-in-box dans un bâtiment casco

Pour l’interprétation architecturale du hall, l’organisation est partie des limites et des possibilités du bâtiment. Dans le hall proprement dit, AGSL n’a effectué que des travaux de conservation, principalement au niveau de l’étanchéité à l’eau et au vent. La ville a fourni l’électricité, l’approvisionnement en eau gratuit et une connexion internet. « Les activités ‘mouvement’ et ‘food’ qui permettent de se réchauffer, en soi, sont hébergées dans les espaces casco existants », explique Michiel Van Balen. « Pour les autres partenaires, nous avons travaillé avec des volumes box-in-box qui s’organisent autour d’une rue intérieure. Le concept pragmatique s’est développé de manière organique. Nous avons pu acheter onze conteneurs qui se trouvaient à la gare, et nous avons travaillé autant que possible avec des matériaux de récupération comme le bois et la brique. Tout ce que vous voyez ici a en grande partie été construit par des bénévoles. Via Miss Miyagi, nous avons acheté les matériaux, réuni les gens et coordonné les travaux. Malgré l’approche pragmatique, la dimension architecturale tranche par rapport au monument avec les ‘matériaux de remplissage’ très clairs. Les interventions spatiales limitées étaient nécessaires pour pouvoir rendre le bâtiment à la ville dans son d’état d’origine après cinq ans. »

Un autre avantage du caractère temporaire est que le hall était prêt à ouvrir en moins de quatre mois. Michiel Van Balen: « Le temps de construction a été exceptionnellement court compte tenu de la surface de 2.000 m2. C’était une question de microgestion et de concertation étroite, tant avec les partenaires qu’avec AGSL. Nous avons aussi dû réagir rapidement pour les permis car il n’y a pas d’exception pour les usages temporaires. »

Faire mieux

Lien Geysen souligne l’importance d’une bonne communication entre les parties intéressées. « Malgré le caractère temporaire, il s’agit d’un projet à part entière avec les délais nécessaires », ajoute-t-elle. « Et le bâtiment est ce qu’il est. Dans un scénario idéal, le hall aurait été dans un meilleur état, mais cela n’aurait alors sans doute pas été une réaffectation temporaire. »

Hanne Vanhaverbeke confirme: « Le fait que le hall soit protégé implique que certaines interventions ou améliorations ne sont pas possibles ou retardées. Je pense par exemple aux vieilles tôles ondulées du toit qui ne laissent pas entrer la lumière naturelle. D’un autre côté, le caractère unique du Hall 5 est justement une plus-value et sans cela, nous n’aurions probablement pas eu l’occasion de déployer cette expérience urbaine de cette manière. »

Les atouts

Le nouvel usage temporaire est un coup dans le mille. A peine 3,5 ans après l’ouverture, le Hall 5 est une valeur sûre dans le quartier et au-delà. « Pour nous en tant que ville, il y a une grande valeur ajoutée dans la manière innovante de faire la ville », poursuit Lien Geysen d’AGSL. « L’initiative vient de la ville, et elle s’est développée grâce à des citoyens engagés. Le Hall 5 donne une belle dynamique au voisinage immédiat et plus large et nous voulons en emporter dans la réalisation définitive. Il y a un grand besoin d’espaces abordables et flexibles en ville et le Hall 5 y répond idéalement. En tant que premier projet temporaire de Leuven, nous en sommes très fiers. »

Les utilisateurs du Hall 5 sont aussi satisfaits. « Tous les partenaires y ont trouvé leur place », souligne Hanne Vanhaverbeke. « Pour les entrepreneurs débutants, le Hall 5 est vraiment l’endroit idéal à essayer. C’est surtout la variété des activités qui rend cet endroit si particulier pour les partenaires. Le mercredi après-midi, les enfants et les jeunes viennent y faire du sport, tandis que les parents dégustent un café au bar ou font leurs courses à la boulangerie bio ou à l’épicerie sociale. Cette dernière tire aussi profit de son déménagement vers le Hall 5 car elle touche une clientèle plus hétérogène, ce qui ne fait que favoriser l’intégration sociale du public-cible. La dynamique constante est le grand atout du Hall 5. Mais le plus beau compliment vient des riverains : ils n’arrivent pas à croire que le Hall 5 n’existe que depuis trois ans, ce qui veut dire que nous sommes devenus une valeur sûre en peu de temps. »

Le co-motivateur Michiel Van Balen ne cache pas non plus sa fierté : « le Hall 5 est un endroit unique. Je le considère comme une alternative d’un développement de projet. Les gens viennent de loin pour voir ce qu’il se passe ici, même de l’étranger. »

Plans d’avenir

Reste à savoir ce que vont devenir les halls de chemins de fer. Le conseil communal n’a pas encore pris de décision. Il est cependant certain que la vzw Hal 5 sera impliquée dans la recherche d’une interprétation définitive, tout comme les riverains et les parties intéressées. « Nous voulons faire la ville de la même manière innovante que pour l’interprétation temporaire. Toutes les pistes sont ouvertes, et nous voulons nous fonder sur les expériences aujourd’hui disponibles. L’interprétation sera aussi déterminante dans la manière de restaurer les halls et dans quelle mesure », conclut Lien Geysen.

FICHE TECHNIQUE

Date: livré en septembre 2017

Emplacement: Diestsesteenweg, Kessel-Lo

Donneur d’ordre: Stad Leuven / AGSL / vzw Hal 5

Architecture et gestion de projet: Miss Miyagi, Arnout Vandenbossche, Hanne Vanhaverbeke + support des architectes de la ville de Leuven. 

Entrepreneur: Construit en grande partie par des bénévoles