PEOPLE & PROJECT  
Dimension 60 – mai 2021

Spiegel im Spiegel

AST77 architectes révèle comment donner forme à la circularité

En bordure de la piste d’athlétisme de Tirlemont se trouve une rangée de maisons – celles du milieu sont encore en construction. En tête, et donnant sur le parc, Peter Van Impe d’AST77 architectes y a construit sa propre habitation. Les hauts peupliers du parc se reflètent sur la façade en verre et soulignent sa verticalité. L’unique élément que l’intérieur révèle à l’extérieur en journée, c’est un autre miroir – ou est-ce une fenêtre ? – au dernier étage. La façade avant et arrière sont fermées, à l’exception d’une bande de verre verticale qui connecte la maison à la maison voisine. A distance, les deux maisons semblent ne former qu’un ensemble car la même brique de parement est appliquée, mais quand on se rapproche, on distingue la lisibilité des deux appareillages de maçonnerie. Bien que les deux maisons aient été conçues par le même architecte, le choix d’une brique de parement identique ne vient pas de lui. Le plan directeur de B-architecten et OMGEVING l’a imposé afin que le coloris corresponde à la couleur terracotta de la piste d’athlétisme. D’autres types de brique sont utilisées dans la rangée de maisons – suite à l’assouplissement des contraintes – ce qui a neutralisé l’idée de ‘tout coudre avec le même fil’.

Idée de la circularité

La brique de parement imposée a incité l’architecte à concevoir la maçonnerie portante avec la même brique, pour confondre l’intérieur et l’extérieur. Le mur ne doit pas être plâtré – le gros œuvre devient la finition – de sorte que l’éventuel démantèlement et le réemploi des matériaux de construction seront facilités à terme. Les briques, en terre cuite, peuvent être aisément séparées les unes des autres si on utilise un mortier standard, comme l’ont démontré les tests. L’idée de la circularité s’est progressivement glissée dans la conception. On la retrouve principalement dans le mur de quinze mètres de haut en terre crue. Pour ce mur porteur, la terre excavée, un déchet de chantier classique, a été retravaillée sur place. Le jour où le bâtiment sera démantelé, le mur retrouvera son état d’origine : de la boue.

Mur en pisé

La réalisation du mur à partir de terre limoneuse a demandé énormément d’efforts et aurait été impossible sans une équipe de construction, l’architecte et l’entrepreneur ayant été assistés par des experts de Het Leemniscaat et BC Materials, et les ingénieurs de UTIL. Plus tôt, Peter Van Impe avait visité l’atelier de Martin Rauch en Autriche, un précurseur de l’utilisation de la terre crue dans les constructions modernes. A la terre limoneuse fine, de l’argile a été ajouté comme liant ainsi que du sable grossier contre le retrait et du gravier pour des raisons structurelles. Les matières premières ajoutées proviennent de la région. Les éléments ont été mélangés dans des conditions spécifiques, notamment pour garder le taux d’humidité sous contrôle, puis coulés dans un coffrage sur le chantier et tassés. Le coulage a été réalisé en couches de 15 cm qui ont ensuite été tassées jusqu’à 9 cm. Ce mur de quinze mètres de haut est un des murs en pisé non lié les plus hauts d’Europe. Martin Rauch avait utilisé des murs en préfabriqué pour Ricola. Ici, la mise en œuvre a eu lieu sur place. Des dizaines de cubes de test ont été fabriqués et testés à l’université de Gand pour déterminer la composition exacte et le taux d’humidité. Comme il ne s’agit pas d’un mur lié à du ciment ou de la chaux, l’humidité doit pouvoir sécher. Un coffrage en hauteur n’a pas été choisi pour éviter que l’humidité ne s’accumule dans le fond et n’entraîne de graves conséquences. Le coffrage a été poussé à chaque fois vers le haut pour que les couches inférieures puissent sécher et obtenir ainsi une base stable pour les couches suivantes. Suite au climat belge, humide et froid, il y avait aussi un risque que l’eau présente ne gèle. Un filament a donc été incorporé pour maintenir la température à cœur suffisamment élevée. Le sous-sol est aussi réalisé en terre crue et la couche supérieure est polie pour rendre les granulats visibles. Bien entendu, l’enveloppe extérieure du sous-sol est en béton. Elle supporte les murs en briques robustes et le mur en pisé. A chaque étage, un raccord entre les murs est réalisé avec de fines plaques en acier autour du mur en terre limoneuse, où l’on trouve l’escalier et une cellule sanitaire. La stabilité des quatre murs indépendants est garantie au sommet par une toiture en béton avec une face inférieure en coffrage en planches.

Un costume sur mesure flexible

L’habitation est finalement une boîte structurelle que les architectes décrivent comme un ‘costume sur mesure flexible’ : selon les besoins, un plancher peut être ajouté, allongé ou raccourci. Des évidements prévus à intervalles réguliers dans la maçonnerie peuvent accueillir des poutres Kerto en tant que structure portante. Dans l’interprétation actuelle, les chambres à coucher sont situées aux étages inférieurs et les espaces de vie sont à l’étage. La cuisine se trouve au dernier étage et disposera à terme d’un accès direct à la terrasse en toiture. La structure en verre en haut des escaliers, donnant accès à la terrasse, fait entrer le soleil matinal dans l’habitation. En toiture, l’architecte prévoit des arbres, en référence à la Tour de Guinigi à Lucques. Le système des équipements utilitaires est flexible. Les tuyauteries sont travaillées dans des gaines verticales dans la coulisse. Elles passent sous le plancher d’un faux plafond entre deux poutres et s’étendent jusqu’à leur point d’utilité. Les conduits de ventilation sont également cachés dans le double mur et l’air traité est soufflé dans la pièce via des joints ouverts – le système est totalement invisible. La régulation climatique a lieu avec une pompe à chaleur air-air. L’inertie thermique des gros murs porteurs en briques contribue à lisser les pics et les baisses de température en été et en hiver. L’habitat inversé, avec les chambres en rez-de-chaussée et les espaces de vie aux étages permet, par le tirage thermique, d’augmenter le confort de vie.

Miroirs

La palette de matériaux est sobre. Les matériaux de construction apparaissent sous leur forme nue : la brique, le béton, l’acier, la terre. La bibliothèque ouverte est construite en acier. Le revêtement du sol est un parquet, selon un motif à chevrons mais tourné à seulement 45° pour que les planches soient parallèles avec les murs, ce qui réduit les déchets de bois. L’armoire à penderie servant de séparation entre la chambre à coucher et la cage d’escalier est recouverte de feutre du côté de la chambre. Le long de la cage, les portes coulissantes, donnant accès à la chambre et aux armoires, sont recouvertes de miroirs. Les surfaces réfléchissantes sont présentes dans toute l’habitation. Le verre est le matériau meilleur marché et il est aussi utilisé pour le revêtement du parapet au dernier étage, l’effet optique fonctionnant même de l’extérieur. Les miroirs augmentent l’habitabilité. La finition miroir des fenêtres orientées vers l’ouest garantit l’intimité. Du moins pendant la journée car la nuit, l’effet est inversé : l’intérieur de la fenêtre devient un miroir et l’habitation est un phare de lumière sur le parc. Comme les miroirs sont appliqués selon une hauteur d’étage, ce n’est pas le regard de personnes qui est réfléchi mais l’environnement. Une manière supplémentaire d’estomper la frontière entre l’intérieur et l’extérieur.

Rédaction: Ir.-arch. Arnaud Tandt

Photografie: Maarten De Bouw