@HOME
Dimension 59 – février 2021
Delmulle Delmulle Architecten
“La forme est la conséquence logique d’un processus intensif”

A Renaix, le centre de prélèvement attire le regard avec sa façade étonnante en verre et lamelles de bois verticales. La grande surface vitrée garantit une incidence généreuse de la lumière naturelle, la construction en bois protège les patients dans la salle d’attente et respecte leur vie privée. Le centre comprend quatre cabinets, une salle d’attente, une salle de réunion et des sanitaires. © Johnny Umans

Le centre de soins Ravelijn à Zoutleeuw a ouvert récemment ses portes et comprend un CSR, un centre de convalescence, un centre de court séjour et des logements à assistance. La cour intérieure avec une cafétéria, un restaurant et des terrasses relie les diverses entités. Les chambres offrent autant que possible une vue sur la campagne environnante et le grand jardin intérieur clos qui est aussi un jardin errant sécurisé pour les personnes atteintes de démence. Les grandes baies vitrées et les terrasses augmentent la qualité et l’expérience de vie dans les logements à assistance. © Johnny Umans

Le centre de soins Ravelijn à Zoutleeuw a ouvert récemment ses portes et comprend un CSR, un centre de convalescence, un centre de court séjour et des logements à assistance. La cour intérieure avec une cafétéria, un restaurant et des terrasses relie les diverses entités. Les chambres offrent autant que possible une vue sur la campagne environnante et le grand jardin intérieur clos qui est aussi un jardin errant sécurisé pour les personnes atteintes de démence. Les grandes baies vitrées et les terrasses augmentent la qualité et l’expérience de vie dans les logements à assistance. © Johnny Umans

Le centre de soins Ravelijn à Zoutleeuw a ouvert récemment ses portes et comprend un CSR, un centre de convalescence, un centre de court séjour et des logements à assistance. La cour intérieure avec une cafétéria, un restaurant et des terrasses relie les diverses entités. Les chambres offrent autant que possible une vue sur la campagne environnante et le grand jardin intérieur clos qui est aussi un jardin errant sécurisé pour les personnes atteintes de démence. Les grandes baies vitrées et les terrasses augmentent la qualité et l’expérience de vie dans les logements à assistance. © Johnny Umans

Le centre de soins Ravelijn à Zoutleeuw a ouvert récemment ses portes et comprend un CSR, un centre de convalescence, un centre de court séjour et des logements à assistance. La cour intérieure avec une cafétéria, un restaurant et des terrasses relie les diverses entités. Les chambres offrent autant que possible une vue sur la campagne environnante et le grand jardin intérieur clos qui est aussi un jardin errant sécurisé pour les personnes atteintes de démence. Les grandes baies vitrées et les terrasses augmentent la qualité et l’expérience de vie dans les logements à assistance. © Johnny Umans

Ces quatre unités de logement sur la toiture d’un nouveau bâtiment industriel de menuiserie démontrent le potentiel de construction sur les surfaces dures et inutilisées des toitures plates. Ces logements écoénergétiques ont chacun une surface de 115 m² et une terrasse de 35 m², et sont un exemple inspirant de densification urbaine et d’utilisation rationnelle de l’espace. Les logements, en ossature bois et isolation cellulosique, sont équipés d’un système de ventilation avec récupération de chaleur. Le bureau d’architectes a remporté le prix d’architecture BIS 2017 avec ce projet. © Piet Albert Goethals

Ces quatre unités de logement sur la toiture d’un nouveau bâtiment industriel de menuiserie démontrent le potentiel de construction sur les surfaces dures et inutilisées des toitures plates. Ces logements écoénergétiques ont chacun une surface de 115 m² et une terrasse de 35 m², et sont un exemple inspirant de densification urbaine et d’utilisation rationnelle de l’espace. Les logements, en ossature bois et isolation cellulosique, sont équipés d’un système de ventilation avec récupération de chaleur. Le bureau d’architectes a remporté le prix d’architecture BIS 2017 avec ce projet. © Piet Albert Goethals

Ces quatre unités de logement sur la toiture d’un nouveau bâtiment industriel de menuiserie démontrent le potentiel de construction sur les surfaces dures et inutilisées des toitures plates. Ces logements écoénergétiques ont chacun une surface de 115 m² et une terrasse de 35 m², et sont un exemple inspirant de densification urbaine et d’utilisation rationnelle de l’espace. Les logements, en ossature bois et isolation cellulosique, sont équipés d’un système de ventilation avec récupération de chaleur. Le bureau d’architectes a remporté le prix d’architecture BIS 2017 avec ce projet. © Piet Albert Goethals

Delmulle Delmulle Architecten travaille et habite sur l’ancien site de torréfaction de chicorée De Lelie à Petegem a/d Schelde rénové. Le bâtiment en briques rouges et sa cheminée surplombe le paysage et forme un point de repère. Les bâtiments, vieux de près de 100 ans, étaient vides depuis quelques temps lorsque Frank Delmulle décida de les racheter et de leur donner un nouvel avenir après des travaux de rénovation et de construction neuve. Les éléments laissés visibles, tels des réminiscences omniprésentes, définissent l’atmosphère du lieu où l’architecture et l’art se fondent dans un environnement de travail créatif. © Verne

Delmulle Delmulle Architecten travaille et habite sur l’ancien site de torréfaction de chicorée De Lelie à Petegem a/d Schelde rénové. Le bâtiment en briques rouges et sa cheminée surplombe le paysage et forme un point de repère. Les bâtiments, vieux de près de 100 ans, étaient vides depuis quelques temps lorsque Frank Delmulle décida de les racheter et de leur donner un nouvel avenir après des travaux de rénovation et de construction neuve. Les éléments laissés visibles, tels des réminiscences omniprésentes, définissent l’atmosphère du lieu où l’architecture et l’art se fondent dans un environnement de travail créatif. © Verne

Avalon, le projet de logements transgénératifs au centre de Waregem, a été conçu sur mesure pour 120 résidents ou 40 familles avec enfants. Par l’offre de petites et grandes entités de logement, variant de 75 à 211 m², le projet vise un groupe hétérogène de résidents jeunes, des familles aisées et des personnes seules âgées. © Koen Van Damme architectural photography

Avalon, le projet de logements transgénératifs au centre de Waregem, a été conçu sur mesure pour 120 résidents ou 40 familles avec enfants. Par l’offre de petites et grandes entités de logement, variant de 75 à 211 m², le projet vise un groupe hétérogène de résidents jeunes, des familles aisées et des personnes seules âgées. © Koen Van Damme architectural photography

Une mission complexe à Knokke a abouti à cette habitation d’artiste, implantée sur un terrain étroit entre deux immeubles à appartements hauts de six étages, dans une rue à forte verticalité. Le bâtiment en strates, divisé en six étages, a une apparence claire et transparente et s’intègre parfaitement dans le paysage urbain. Les façades avant et arrière ouvertes renforcent l’incidence de la lumière et la sensation d’espace, et offrent de splendides perspectives. © Jan Verlinden

La rythmique de lattes verticales ouvertes et de surfaces vitrées définit l’aspect architectural de cet immeuble à appartements. Les volets coulissants en bois veillent à l’intimité, agissent tel un écran contre la surchauffe, et dirigent l’incidence de la lumière. Les appartements possèdent un espace de vie et un coin repas ouvert qui donnent sur une terrasse orientée sud, laquelle surplombe une place aux arbres centenaires abritant une splendide villa rénovée de 1904, telle une balise historique. © Johnny Umans

La rythmique de lattes verticales ouvertes et de surfaces vitrées définit l’aspect architectural de cet immeuble à appartements. Les volets coulissants en bois veillent à l’intimité, agissent tel un écran contre la surchauffe, et dirigent l’incidence de la lumière. Les appartements possèdent un espace de vie et un coin repas ouvert qui donnent sur une terrasse orientée sud, laquelle surplombe une place aux arbres centenaires abritant une splendide villa rénovée de 1904, telle une balise historique. © Johnny Umans

Parmi les interventions étonnantes dans la façade de cette habitation mitoyenne rénovée, il y a le remplacement de l’oriel gênant par une grande fenêtre fixe laissant entrer la lumière naturelle jusqu’au cœur de l’habitation, et l’ouverture de la partie basse du toit mansardé. Ces deux interventions accentuent l’ouverture et la dynamique. L’ouverture et la transparence sont également le fil conducteur au rez-de-chaussée où l’espace de vie ouvert, aux fonctions à peine définies, est divisible en pièces par des parois coulissantes en tissu acoustique et transparent. L’instant présent détermine le choix de l’ouverture ou de la fermeture, le calme ou l’agitation, l’obscurité ou la clarté. © Johnny Umans

Parmi les interventions étonnantes dans la façade de cette habitation mitoyenne rénovée, il y a le remplacement de l’oriel gênant par une grande fenêtre fixe laissant entrer la lumière naturelle jusqu’au cœur de l’habitation, et l’ouverture de la partie basse du toit mansardé. Ces deux interventions accentuent l’ouverture et la dynamique. L’ouverture et la transparence sont également le fil conducteur au rez-de-chaussée où l’espace de vie ouvert, aux fonctions à peine définies, est divisible en pièces par des parois coulissantes en tissu acoustique et transparent. L’instant présent détermine le choix de l’ouverture ou de la fermeture, le calme ou l’agitation, l’obscurité ou la clarté. © Johnny Umans

Parmi les interventions étonnantes dans la façade de cette habitation mitoyenne rénovée, il y a le remplacement de l’oriel gênant par une grande fenêtre fixe laissant entrer la lumière naturelle jusqu’au cœur de l’habitation, et l’ouverture de la partie basse du toit mansardé. Ces deux interventions accentuent l’ouverture et la dynamique. L’ouverture et la transparence sont également le fil conducteur au rez-de-chaussée où l’espace de vie ouvert, aux fonctions à peine définies, est divisible en pièces par des parois coulissantes en tissu acoustique et transparent. L’instant présent détermine le choix de l’ouverture ou de la fermeture, le calme ou l’agitation, l’obscurité ou la clarté. © Johnny Umans
PreviousNextDelmulle Delmulle Architecten a établi son fief à Petegem-aan-de-Schelde (Wortegem-Petegem). L’ancien site de torréfaction de chicorée De Lelie abrite non seulement le bureau d’architecture mais aussi les logements respectifs. Le père, Frank, a transformé la tour de séchage en un loft vertical réparti sur quatre niveaux, offrant une vue panoramique sur le paysage et l’Escaut. Le fils, Seger, habite dans l’une des deux villas de la direction, qu’il a rénovée dans un style cottage.
L’histoire de leur collaboration se lit comme un roman. Seger a hérité de l’amour de l’architecture de son père/architecte et de sa mère/architecte d’intérieur. « En guise de préparation aux études d’architecture, j’ai suivi les cours d’humanités artistiques à Gand », se souvient-il. « Comme mon père, professeur à la KU Leuven, enseignait à Gand, j’ai décidé de déménager vers Bruxelles pour suivre mes études d’architecture. Lors des masters, je retournais à Gand parce que ma vie sociale était là-bas. J’ai terminé ma dernière année à l’université de Tokyo, où j’ai notamment eu cours avec Toyo Ito. »
‘The sky was the limit’ lorsque le jeune architecte termine ses études en 2008. « Le monde m’attirait. Via Skype, un outil de communication relativement nouveau à l’époque, j’ai posé ma candidature auprès de plusieurs bureaux, notamment à New York et Los Angeles. Chez agps, où un ami travaillait, la réponse fut positive. Dans l’attente d’un déménagement vers LA, j’ai travaillé durant l’été au bureau de mon père. Il m’a tout de suite donné des responsabilités et les six mois sont vite passés. C’est à ce moment-là que l’on s’est dit qu’il serait peut-être intéressant de m’inscrire ici en tant que stagiaire. Depuis, nous travaillons ensemble. »
« Les gens ont rapidement conclu que ma voie était tracée. Travailler au bureau de son père, quoi de plus facile ? Mais ce ne fut pourtant pas le cas. Sa mission d’enseignant lui prenait énormément de temps, au détriment de son bureau d’architecture. Comme tout jeune architecte, je me suis lancé dans des petits projets pour des connaissances, tout en élargissant progressivement ma part dans l’octroi de nouvelles missions. »
« Seger organise aujourd’hui le bureau et j’apporte ma collaboration », confirme Frank Delmulle.
« Parfois, je me demande où en serait le bureau si je ne m’étais pas engagé dans les études d’architecture, mais cela reste une question hypothétique. Je suis émérite depuis octobre dernier. Sur le plan académique, je dois encore défendre mon doctorat. Le retard est dû à la pandémie, notamment parce que deux Néerlandais font partie de la commission d’examen. »
L’arrivée de Seger a entraîné un changement dans l’appellation du bureau d’architecture. Un remaniement qui met les ambitions en évidence, mais qui ne fut pas une étape facile pour Frank. « Après le rachat du site, j’avais modifié le nom du site de torréfaction De Lelie par l’anagramme IDEEELL et baptisé ainsi mon bureau. Nous avions repeint les vieilles lettres sur la façade et les avions placé dans le bon ordre. Je souhaitais garder ce nom mais Seger insistait pour utiliser nos deux noms. Il a notamment évoqué son oncle, le typographe Gert Dooreman, le frère de mon épouse, qui travaille sous son propre nom. Gert argumentait que notre travail, à l’instar du sien, est un développement personnel, qui doit porter notre nom plutôt qu’une abréviation ou une anagramme. Comme nous ne parvenions pas à un accord, nous avons consulté un conseillé externe qui a soutenu Seger dans sa démarche et j’ai donc accepté. A juste titre finalement puisque notre nom précise que nous formons deux entités qui se renforcent. Un plus un égale trois, en quelque sorte. »
De Tissergate à Pienza et Zoutleeuw
Si les activités académiques de Frank Demulle ont été un frein au déploiement du bureau d’architecture, elles n’en sont pas moins une source d’inspiration. « Ma thèse de doctorat porte sur une exploration prospectiviste et la manière dont un village classique en Flandre pourrait être idéalement interprété, en partant d’un ensemble de lignes directrices que j’étudie depuis de nombreuses années. Tout d’abord, il y a la dimension sociale, pour laquelle je m’inspire de Tissergate au sud du Maroc, la ville fortifiée la mieux conservée de la région. Dans un tel ksar, riches et pauvres, jeunes et vieux, noirs et blancs, Berbères de tribus diverses vivent ensemble, sans ségrégation, et de somptueux palais côtoient des habitats disgracieux. Le matériau de construction, de la terre tassée, a aussi une fonction de cohésion sociale. Elle ne résiste pas à la pluie. Les rares fois où il pleut, chacun doit, selon ses moyens, aider à réparer les dégâts. »
« A côté de cela, il y a la ligne de force architecturale pour laquelle je me réfère à la cité Pienza, inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, que le pape Pie II a fait ériger sur son lieu de naissance Corsignano en tant que ville idéale, sur base de la théorie des nombres d’Alberti. Dans un village en Belgique, j’ai essayé de traduire les rapports entre le plan du sol et l’élévation, le puissant effet de plaine, la manière dont les rayons du soleil tombent en un endroit bien précis le jour d’anniversaire de Pie. Comme mentionné, il s’agit là d’un concept utopique qui n’est pas constructible. Dans les idées, il y a notamment un énorme disque qui tourne avec le soleil, une sorte de super panneau solaire qui fournit l’énergie utile, des bâtiments interactifs qui disparaissent lorsqu’il n’y a pas d’utilisateurs, ou encore des espaces de méditation en béton qui, sans aucune construction portante, flottent à un mètre au-dessus du sol. »
L’impact de ces explorations sur la pratique architecturale est notamment perceptible dans le projet PPP Ravelijn à Zoutleeuw, qui englobe un CSR avec un centre de convalescence et des logements d’assistance, une quarantaine de maisons unifamiliales, un centre pour les associations de jeunesse et un parking en périphérie. « Nous avons ignoré le PPA existant et l’implantation imposée, qui interdisait la construction hors des remparts et suggérait un CSR en hauteur, près d’une centrale hydroélectrique. A la place, nous avons présenté un projet au caractère plus transgénérationnel et social, à savoir un CSR bas hors des remparts, dans un espace vert et à une distance pédestre du centre, qui se prolonge dans le nouveau développement résidentiel, et une tour au centre pour les jeunes. »
Philosophie de conception
Delmulle Delmulle Architecten applique une philosophie de conception claire, largement consignée par écrit. L’environnement, le programme et l’utilisateur y sont centraux. Seger Delmulle: « Pour nous, la forme est la conséquence logique d’un processus intensif. L’architecture est avant tout fondée sur l’aspect social et non l’esthétique. Les discussions sur ce qui est beau et laid n’ont donc pas de sens. Lors des concours, ce n’est pas toujours un avantage. Dans les projets intéressants, il faut croiser le fer avec des ténors et vous risquez de voir le choix final principalement fondé sur le design. Voilà pourquoi nous optons pour une stratégie que nous avons notamment appliquée au projet Ravelijn, à savoir une autre approche intéressante. Cela permet de nous démarquer, mais c’est aussi du tout ou rien, certainement s’il faut adapter le programme du concours et le PPA, comme ce fut le cas à Zoutleeuw. »
Les concours restent un point délicat, poursuit-il. « A mon arrivée, mon père participait à de nombreux concours. Des ressources financières importantes étaient engagées mais cela pesait aussi lourd sur le plan émotionnel, lorsque vous échouiez pour la énième fois. D’un autre côté, les concours sont indispensables si vous voulez donner une certaine direction à votre bureau, au regard de la nature et de la taille des projets. Actuellement, nous nous limitons à un ou deux concours par an, sélectionnés avec soin. L’approche en deux phases avec d’abord le dépôt des candidatures est une bonne chose, à condition, bien entendu, d’être parmi les quatre ou cinq finalistes. Par ailleurs, de nombreux projets de concours ne sont finalement pas construits, il est donc difficile de satisfaire à la demande de références, ce qui nécessite des collaborations. Pour l’Open Oproep portant sur la transformation du site culturel De Woeker à Oudenaarde en un centre culturel à part entière, nous nous sommes par exemple associés avec LAN Paris, un bureau français qui a réalisé le fameux théâtre Le Maillon à Strasbourg. »
Surélever et aménager une cave
Cette philosophie de conception est proposée de manière toujours plus radicale, d’après les deux architectes, comme en témoigne ce projet récemment achevé à Knokke-Heist. « Le donneur d’ordre, pour qui nous avions déjà aménagé un appartement à Waregem il y a dix ans, y avait acheté une villa. Il voulait absolument une cave, ce qui exigeait une démolition que l’autorité locale n’autorisait pas. Comme solution, nous avons proposé de couper la maison, de la surélever et de l’enrichir dans le bas avec un volume entièrement en verre. Le résultat est une sorte de poupée de chiffon avec un volume transparent, qui évoque les réminiscences de Mies van der Rohe, et au-dessus une villa cottage dans le style typique anglo-normand. »
Père et fils partagent la même vision et stratégie de conception, mais est-ce toujours le cas ? Seger Demulle: « Nous avons un caractère très différent. Je suis un architecte-constructeur qui puise son inspiration dans le travail: est-ce que cela me touche, comment je ressens les choses. Mon père, par contre, est une encyclopédie ambulante qui a un riche bagage théorique. Comme je réagis professionnellement plus à partir de mon instinct, je ne suis généralement pas partant pour les projets de construction privés. Les donneurs d’ordre sont impliqués autrement dans leur habitation par rapport à un bureau ou un bâtiment commercial, ce qui complique le processus. Mais il y a bien sûr des exceptions à la règle. Nous construisons actuellement un logement à l’arrière du Prinsenhof à Gand pour un couple actif dans le secteur médical qui revient au pays après avoir séjourné longtemps à l’étranger, et qui nous a contacté lors de leur quête d’un concepteur. Ce sont là des maîtres d’ouvrage idéaux qui ne nous freinent pas mais nous poussent à aller plus loin. »
Les outsiders des Ardennes flamandes
Le bureau d’architectes emploie aujourd’hui huit collaborateurs et est organisé de manière horizontale. « Chaque collaborateur est un architecte de projet. Après six mois, les stagiaires se voient assigner un projet – certes limité – qu’ils doivent superviser de a à z. Nous évoluons progressivement vers des projets plus importants et nous pourrions finalement faire appel à du personnel supplémentaire. Comme nous travaillons sur un site assez éloigné, nous visons des personnes de la région, car les longs déplacements quotidiens en voiture ou avec les transports en commun entraînent presque inévitablement une fatigue. Mais nous n’avons aucun problème de recrutement, plusieurs personnes de l’étranger sont déjà venues travailler ici. J’ai envisagé un temps de déménager en ville, mais j’ai été conquis par ce bureau local, géographiquement très actif, qui peut aborder les projets urbains avec le regard d’un outsider. Nous occupions déjà cette position lors de l’exposition BEL:EST de la Biennale d’architecture TAB 2017 à Tallinn, où cinq bureaux belges et cinq bureaux estoniens s’étaient penchés sur les défis urbains à Bruxelles. « Il faut un outsider parmi les participants, avions-nous soutenu lors du dépôt de notre candidature, un message qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. »
« Nous ne visons pas de grande croissance. Une équipe d’une dizaine de personnes nous semble idéale pour pouvoir suivre tout le monde. Via la collaboration, on peut toujours acquérir de l’expertise ou une force supplémentaire. Nous ne disons jamais non aux candidats qui veulent progresser, mais ils doivent alors disposer des capacités appropriées. »
« D’un point de vue financier, il s’agit de rester prudent. Nous nous basons principalement sur les barèmes précédents, mais les maîtres d’ouvrage ouvrent systématiquement la discussion sur les honoraires. C’est une donnée difficile, d’autant plus que notre manière de travailler est liée à un processus intensif et à notre volonté de proposer des concepts novateurs et détaillés. Le monopole de l’architecte n’apporte aucune plus-value à cet égard, je le crains, pas plus que la volonté de collègues d’appliquer des honoraires trop bas. Il nous manque une véritable culture où les architectes peuvent compter financièrement sur le respect nécessaire. Nous sommes notamment en contact régulier avec l’architecte suisse Valerio Olgiati qui réalise de splendides architectures en béton et avec qui nous aimerions collaborer. Bien qu’il n’y ait pas de monopole en Suisse, Olgiati applique au minimum des honoraires de 24%. »
« Nous sommes des architectes, pas des managers. Afin de professionnaliser le management, une de mes sœurs nous rejoindra bientôt en tant qu’office manager. Elle se focalisera sur les calculs, rationnalisera l’aspect financier et assumera la gestion globale quotidienne, ce qui nous donnera de la liberté pour nous consacrer à notre cœur de métier. »
Des nouvelles voies, d’anciennes frontières
Frank Demulle a une vision claire de l’avenir de l’architecte. « L’architecte est le seul partenaire en construction à se préoccuper des habitudes/manies de l’homme. Notre avenir se situe dans ce contexte humain. Pour l’interprétation correcte de la dimension technique, qui a pris de l’ampleur au cours des deux dernières décennies, nous pouvons compter sur des partenaires. Au niveau administratif et réglementaire, la profession ne s’est pas simplifiée. Notre équipe d’architectes y met énormément d’énergie. Les services d’urbanisme suivent trop souvent la réglementation à la lettre et laissent peu, voire pas de marge à la concertation constructive. A Oudenaarde, je savais à l’époque comment contourner le décret limitant la hauteur des bâtiments à cinq étages en réalisant un projet à deux hauteurs de faîte différentes, ce qui permettait d’avoir six étages d’un côté. Une telle exception ne passerait plus aujourd’hui. Dans un projet à Gand, les six étages nous semblent être la solution idéale, mais notre maître d’ouvrage ne veut pas le présenter par peur de faire sauter tous les ponts et d’hypothéquer la moindre concession par la suite. Pour le projet Prinsenhof déjà mentionné, où il est question de logements d’accueil et kangourou, nous n’obtiendrons pas l’autorisation pour deux entrées séparées. Idem pour le projet de Seger de logements sur la toiture d’une usine à Oudenaarde, qui a demandé beaucoup d’efforts, et qui permet de réaliser une densification urbaine de qualité et une utilisation optimale de l’espace. »
Seger Delmulle: « D’un autre côté, on peut argumenter que le verre est à moitié plein au vu de l’intérêt pour une utilisation mixte. A Oudenaarde, dans le sillage des logements sur la toiture d’une usine, et après les discussions indispensables sur des sujets comme la pente de la toiture et les numéros des portes d’entrée, nous avons reçu le feu vert pour réaliser des logements au-dessus d’un parking à étages. Les propriétaires sont intéressés par de tels concepts car leur espace disponible acquiert soudainement une valeur ajoutée significative et offre de belles perspectives en matière de densification urbaine. »
http://delmulledelmulle.be/
Par Colette Demil et Staf Bellens
« Parfois, je me demande où en serait le bureau si je ne m’étais pas engagé dans des études d’architecture, mais cela reste une question hypothétique. »
« Pour nous, la forme est la conséquence logique d’un processus intensif. L’architecture est avant tout fondée sur l’aspect social et non l’esthétique. Les discussions sur ce qui est beau et laid n’ont donc pas de sens. »
“Les concours sont indispensables si vous souhaitez donner une certaine direction à votre bureau, au regard de la nature et de la taille des projets. Actuellement, nous nous limitons à un ou deux concours par an, sélectionnés avec soin.”
“Nous ne visons pas de grande croissance. Une équipe d’une dizaine de personnes nous semble idéale pour pouvoir suivre tout le monde. Via la collaboration, on peut toujours acquérir de l’expertise ou une force supplémentaire.”
«Nous nous basons principalement sur les barèmes précédents, mais les maîtres d’ouvrage ouvrent systématiquement la discussion sur les honoraires. C’est une donnée difficile, d’autant plus que notre manière de travailler est liée à un processus intensif et à notre volonté de fournir des concepts novateurs et détaillés. Le monopole de l’architecte n’apporte aucune plus-value à cet égard, je le crains, pas plus que la volonté de collègues d’appliquer des honoraires trop bas.”