PEOPLE & PROJECT  
Dimension 57 – septembre 2020

Building Beyond Borders : Une Maison des Femmes à Ouled Merzoug

Des étudiants de Building Beyond Borders (Uhasselt) ont conçu et construit une Maison des Femmes à Ouled Merzoug au Maroc, avec l’aide des artisans locaux. Leur vision, et celle des utilisateurs, est fondue dans un petit bâtiment qui répond au contexte, à la fois climatologique et architectural.

BUILDING

En 2016, l’association bruxelloise BC architects & studies réalisait une école maternelle à Ouled Merzoug, un village situé au pied de la chaîne de l’Atlas au Maroc. Skoura, avec ses kasbahs et ses châteaux en terre crue, est la ville la plus proche. Les constructions en béton sont exclues à proximité de ce site classé patrimoine mondial, et les artisans locaux travaillent habilement la terre. Les architectes ont respecté les techniques de construction ancestrales et les matériaux locaux comme le pisé et l’adobe, une base de plâtrage mélangé au roseau de la toiture plate. Le bâtiment scolaire a été réalisé avec l’aide de la communauté locale.

De cet engagement est née l’idée de concevoir un second bâtiment qui servirait de projet pilote à Building Beyond Borders, la nouvelle formation post-graduat de la Faculteit Architectuur & Kunst – Uhasselt. Les femmes du village avaient besoin d’un endroit pour se rassembler, enseigner et apprendre, et d’un atelier pour tisser des tapis et réaliser d’autres activités. La communauté a offert une parcelle de terrain à l’association AFOM (Association des Femmes d’Ouled Merzoug) récemment fondée. Le terrain, en pente, côtoie une tranchée qui draine l’eau des montagnes et de la rivière vers les champs agricoles de la Palmeraie lors des fortes pluies. Sur le site, à la croisée de deux sentiers, deux volumes ont été implantés sous un angle, l’un par rapport à l’autre. L’espace au centre est une cours et forme le cœur du projet. Les fonctions publiques sont adjacentes. Les parties privées sont reléguées aux extrémités des volumes, et agrémentées d’un jardin clos. A l’extérieur, il y a un four à pain, un atelier avec un grand établi et un évier pour laver et teindre la laine.

Les techniques de construction locales ont ici aussi été respectées. Les murs extérieurs sont des blocs de granit et les murs intérieurs en adobe, des briques confectionnées à partir d’un mélange de terre crue et d’eau, séchées au soleil. La toiture a une structure en bois d’eucalyptus et un mélange de terre et de roseaux sert de jointement et de plâtrage. Les fondations ont été posées en avril 2019 et les clés étaient remises aux femmes en décembre 2019. Tous les étudiants sont allés au moins un mois à Ouled Merzoug, certains sont restés 6 à 7 mois. Les tâches sur place étaient variées, il fallait préparer les repas, adapter les plans, sélectionner les matériaux de construction et tenir les comptes. Tout s’est tellement bien passé que le contremaître local a donné les rênes aux étudiants pour se consacrer à la maçonnerie.

BEYOND

Ce post-graduat Building Beyond Borders attire des étudiants internationaux de divers horizons. La formation ne se limite pas à la réalisation d’un projet : un jour par semaine, des cours sont donnés sur des thèmes comme la construction bioclimatique, la construction en terre, les dialogues socioculturels, … Les étudiants apprennent à concevoir et à réfléchir en dépassant leurs convictions et leurs perceptions, leurs limites et le contexte social et culturel. Avant le lancement du projet, il y a eu un travail de prospection dans le village, sur ce qu’est une maison pour femmes, tant en termes de programme que d’expression formelle, qui s’est poursuivi en Belgique. Le travail, réalisé par six groupes, était notamment fondé sur des entretiens avec des femmes marocaines dans une maison de quartier à Schaerbeek.

Les étudiants étaient stimulés à penser au-delà de leur idéalisme, avec parfois des concessions inconfortables face à la réalité sur le terrain. Sur le plan architectural, cela signifiait – après des discussions avec les artisans locaux – l’ajout de ciment aux fondations et de chaux au mélange de terre pour la toiture, pour rendre la construction plus résistante aux fortes pluies.

La réalité socioculturelle se reflétait chez les femmes du village qui se rendaient sur le chantier une fois les hommes rentrés chez eux. Une dizaine de femmes sont ainsi apparues, après les heures de travail, pour confectionner le dôme en argile du four à pain, sur la base prévue par les hommes. Les femmes étaient aussi impliquées dans le nettoyage du roseau destiné au plafond, le tissage des rideaux, le remblaiement des terrasses, …

BORDERS

Plusieurs écoles d’architecture ont développé des programmes où les étudiants apprennent la conception dans un cadre qui dépasse le contexte socio-culturel. Pour ces écoles, il s’agit de ‘building beyond borders’, de construction par-delà les frontières, non seulement géographiques mais aussi intellectuelles, professionnelles, … La construction au-delà des frontières, pour les personnes de l’autre côté de la frontière, est souvent implicite. Comment vivent-elles un projet dans leur communauté, avec des étudiants ou des architectes qui travaillent dans un autre contexte socio-culturel ?

Un symposium planifié les 9 et 10 novembre à Hasselt reviendra sur les questions soulevées lors de coopérations transfrontalières. Quelles sont les clés pour garantir l’équivalence de coopération dans les projets de construction interculturels ? Quel est l’impact de ces projets et quand est-il du franchissement des frontières, de chaque côté de la frontière?

Via leur premier “FALL SYMPOSIUM Building Beyond Borders. Reflecting on the dynamisms of intercultural collaboration in build projects”, les organisateurs souhaitent ouvrir le débat en initiant la réflexion sur la dynamique de la coopération transfrontalière dans les projets de construction, notamment dans des contextes à risque de déséquilibre entre les différents acteurs.

www.buildingbeyondborders.be

Merci à Nicolas Coeckelberghs (professeur à la Faculteit Architectuur en Kunst – Uhasselt et architecte BC-AS)

Rédaction: Ir.-arch. Arnaud Tandt