PORTFOLIO  
Dimension 56 – mai 2020

Un poste d’observation pour la province

Fin 2019, la nouvelle Maison de la province d’Anvers a ouvert officiellement ses portes. Ce bâtiment marquant est constitué d’une construction basse accessible au public et transversalement au-dessus de celle-ci d’une tour de bureaux dont la façade étale une torsion remarquable. L’esthétique, la construction, l’implantation, l’aménagement des abords et la technologie low & zero carbon (LZC) confèrent au projet un caractère iconique à plus d’un égard.

L’ancienne Maison de la province, une tour de 71 mètres de haut dans laquelle la province d’Anvers partageait des bureaux avec d’autres autorités, était ravagée par la pourriture du béton, contenait de l’amiante et ne répondait plus aux exigences actuelles. Un déménagement vers un autre site n’était pas jugé opportun. C’est pourquoi l’autorité provinciale a décidé de réaliser une nouvelle construction sur le même site. Le marché fut confié en 2012 à XDGA architects par le biais d’un appel ouvert, après un parcours initial quelque peu cahoteux. La première définition du projet spécifiait notamment que l’avant-corps existant devait être conservé. Ceci n’apparaissait pas possible, si bien qu’un nouvel appel ouvert fut lancé en 2011, les mêmes bureaux de projet étant conservés pour la majeure partie.

Le projet gagnant de XDGA répond encore à la demande initiale avec la fonction de volume double. L’architecte dirigeant, Tom Bonnevalle (XDGA) : « Dans notre première conception, nous avions placé une tour en porte-à-faux au-dessus de l’ancien avant-corps. Nous avons conservé cette idée. A la demande de l’aéroport de Deurne, la hauteur de la tour a été ramenée à moins de 58 mètres exactement. Avec le pivotement, cela prévient l’ombrage dans les jardins voisins. En plaçant la tour transversalement par rapport à la rue, elle ne fait pas écran aux passants et facilite le lien entre la rue et les espaces verts sur le côté du bâtiment. Ces espaces font partie du concept total. Le revêtement ancien pour les stationnements au-dessus et en dessous du sol a été remplacé par un parking souterrain avec une toiture verte intensive. Avec le petit bois existant, on obtient de cette manière un grand parc accessible au public de 2,4 ha en forme de vallée, avec une alternance de buissons indigènes et d’arbres à haute tige propres à la région. Ce parc est raccordé à l’Harmoniepark et à l’Albertpark, de sorte que le cœur d’Anvers reçoit de surcroît une grande étendue verte. »

Programme

Le volume en dessous de la tour fait office de bâtiment de congrès et comprend une entrée à deux hauteurs avec un comptoir d’accueil et des escaliers larges et invitants. En direction de l’étage -1, ceux-ci conduisent à la salle du conseil provincial, conçue pour 100 personnes et qui peut aussi être utilisée comme salle de congrès, un auditoire pouvant accueillir 350 visiteurs et, entre les deux, un grand espace ouvert. Un escalier en colimaçon en acier dans l’espace de congrès donne accès à un toit-terrasse avec étang sous une charpente de protection réfléchissante. L’installation en bois « Every Collection hides another collection » de l’artiste Nico Dockx forme non seulement une sculpture en soi, mais fait aussi office de structure d’exposition pour des expositions temporaires ou pour la collection d’art étendue de la province. A l’étage +1, on trouve deux grandes salles de réunion et un espace ouvert multifonctionnel étendu. En outre, le bâtiment des congrès abrite des magasins, une zone de chargement et de déchargement qui se raccorde au parking souterrain, le restaurant du personnel et une cuisine totalement aménagée pour la restauration, de manière à ce qu’elle puisse être louée pour des journées d’étude, des séminaires ou des congrès.

Les 530 postes de travail à partager, destinés à 662 collaborateurs, dans différentes typologies, sont distribués entre les étages 4 à 10 de la tour. Au niveau +11, nous nous retrouvons dans la bibliothèque à double étage, qui a été exécutée en acier nu verni et constitue un projet au sein du projet. Les deux étages supérieurs ont été réservés aux quatre députés provinciaux et à leurs collaborateurs. Un patio central, avec une sculpture à quatre coupes en bronze de l’artiste Philip Aguirre y Otegui comme accroche, fait entrer une lumière du jour particulièrement abondante. Les députés disposent ici aussi d’un restaurant vip avec loggia et deux salles de réunion.

Un point de repère bon pour le climat

Pour le nouveau point de repère anversois, outre la torsion impressionnante, les 683 fenêtres triangulaires et la finition de façade avec une mosaïque vitrée réfléchissante et doucement brillante sont déterminantes pour l’image de la ville. Arie Gruijters, architecte de projet chez XDGA : « Le maître d’ouvrage avait imposé un pourcentage de vitrage limité dans la définition du projet. Pour pouvoir donner une lumière du jour suffisante aux espaces d’une profondeur de 24 mètres, nous avons opté pour des fenêtres triangulaires qui ont été placées sur leurs pointes et à une grande hauteur dans les façades, de manière à ce que le plan vitré le plus important soit disposé contre le plafond et fasse pénétrer la lumière du soleil à une plus grande profondeur. En outre, la tour possède un vitrage triple de manière à ce qu’il n’y ait aucun risque de surchauffe. Le pare-soleil sur l’intérieur vise exclusivement à tempérer la lumière pour les personnes qui travaillent à l’écran. Le bâtiment bas est alors à nouveau aussi transparent que possible, avec de nombreux vitrages qui, dans ce cas, sont doubles. »

Tom Bonnevalle, architecte : « La mosaïque vitrée au petit format a permis de suivre la torsion de la façade. Nous avons veillé à ce que le verre et la façade forment un plan continu qui peut être nettoyé dans le même mouvement. Il s’ensuit que la mosaïque est jointoyée au moyen de résine époxyde au lieu de l’être au moyen de ciment. »

Les exigences de durabilité de l’administration provinciale étaient élevées. Le bâtiment est compact, étanche à l’air et parfaitement isolé et est donc ainsi préparé optimalement à la certification de maison passive projetée. L’inclusion de la technologie LZC est à l’épreuve du futur. La chaleur et le froid sont puisés à partir d’un champ CSG, avec 350 sondes de perçage sous le parking, qui est relié à des pompes à chaleur. La répartition est assurée par l’activation du béton, complétée si nécessaire par des convecteurs à basse température. Pour le refroidissement, la température du sol est utilisée directement ; seuls les groupes de ventilation pour l’auditorium, la salle du conseil et les espaces d’exposition sont équipés d’un refroidissement adiabatique.

Pour la ventilation, les groupes de ventilation décentralisés aux étages de bureaux rendent superflues de longues gaines et les pertes qui les accompagnent. Grâce à cela, ils libèrent le concept architectural de grands locaux techniques directement. Par niveau, les détecteurs commandent le débit nécessaire d’air frais. De même, la chaleur tirée de l’air d’extraction des hottes dans la grande cuisine est récupérée. Le dégraissage est effectué par des lampes uv.

La réception des eaux pluviales pour la chasse des toilettes et le refroidissement adiabatique déjà mentionné, l’infiltration des eaux pluviales dans le parc, les panneaux PV d’une puissance de 32 kWp, l’éclairage LED programmable individuellement et un label BREEAM Excellent recherché viennent compléter le récit climatique.

Prouesse constructive

Sur le plan architectonique, la Maison de la province est aussi une véritable prouesse. La grande travée de 25 x 25 m de la tour au-dessus de la partie réservée aux congrès est captée par une structure de pont en acier en ferme métallique sur deux couches de construction. Les façades portantes en béton se trouvent à l’intérieur du volume protégé et déterminent ainsi la masse thermique. Pour pouvoir réaliser des espaces sans colonnes, les sols coulés sur place ont été dotés de torons de post-contrainte. L’armature dans les murs suit la triangulation des fenêtres. Dans les zones où la concentration des charges est augmentée, des barres d’armature font place à des sections en acier complètes. L’armature, l’activation du noyau de béton, l’éclairage, les sprinklers, l’électricité, la ventilation et les passages dans les sols en béton suivent une grille strictement délimitée qui revient à chaque étage. Pour couler les façades, des coffrages spécifiques au projet ont été réalisés qui pouvaient accepter la torsion souhaitée. Le triple vitrage a été collé structurellement sur le profil des châssis, après quoi ceci est a été ancré dans un profil de réception en aluminium triangulaire qui a été monté contre la façade.

Travailler autrement

La superficie au sol des planchers de travail a été ramenée, comparée à celle de la tour antérieure, de 54 000 m² à 22 000 m². Une sérieuse diminution, qui est allée de pair avec le dégraissage des commandes et des compétences provinciales. Daniël Verheyen, responsable de programme de la Maison de la province : « Avec le déménagement, nous sommes passés au travail flexible sur des postes de travail partagés, où plus personne n’a encore un emplacement fixe et où l’accent est placé sur le fonctionnement numérique. En même temps, on a visé une transparence optimale. Le bâtiment des congrès est accessible à tous, ce qui sera également le cas pour le parc. Le parking souterrain est à la disposition des voisins en dehors des heures de service. Nous sommes également partie prenante dans le projet anversois pour mettre notre bâtiment à disposition comme lieu d’étude pour les étudiants. »

A partir du projet jusqu’à la réception programmée à une date proche, le parcours a été seulement marqué par un nombre limité de modifications. Karl Cools, chef du département logistique de la province : « Dans le parking, nous avons encore aménagé un passage à l’arrière pour nos collaborateurs, de façon à ce que ceux-ci ne doivent pas parcourir le trajet extérieur du parking jusqu’à l’entrée principale. Certaines choses auraient peut-être pu être meilleures à partir de considérations opérationnelles, par exemple, concernant l’accessibilité du bâtiment des congrès, l’accessibilité de la cuisine et la complexité des normes HCCP. Mais comme les concepteurs usaient fortement de leurs prérogatives concernant le respect de leur concept initial, on n’y a pas accédé. Par exemple, nous reconsidérons aujourd’hui certaines choses, comme la possibilité d’assurer les livraisons par l’entrée principale. Il va de soi que nous devons éviter que la visite d’un diplomate de renom ait lieu en même temps qu’un fournisseur qui se trouve brusquement devant l’entrée principale, mais un peu plus de souplesse nous paraît certainement indiqué. »

Par Colette Demil et Staf Bellens

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