PEOPLE & PROJECT  
Dimension 54 – novembre 2019

HYBRIDATION

Il y a quelques mois, LABIOMISTA a ouvert ses portes sur un ancien site minier de Genk. Élaboré par Koen Vanmechelen et réalisé en collaboration avec la ville de Genk, ce projet se situe à mi-chemin entre un parc et une œuvre d’art totale.

Par Arnaud Tandt, ingénieur-architecte

C’est à son « Cosmopolitan Chicken Project » que l’artiste Koen Vanmechelen doit sa renommée. Ce projet réside dans le croisement de diverses races de poules pour obtenir des hybrides. Son travail porte sur la biodiversité et l’identité culturelle. Les 600.000 statuettes en argile installées dans le domaine de Palingbeek à Zillebeke comptent vraisemblablement au nombre des œuvres les plus connues du grand public. Représentant les soldats tombés au champ d’honneur sur le sol belge pendant la Première Guerre mondiale, ces statuettes semblaient s’échapper d’un œuf primitif gigantesque.

Entre la ville et l’artiste

Alors que Koen Vanmechelen s’était mis à la recherche d’un nouvel atelier, une collaboration avec la ville de Genk était en train de prendre corps. Le choix s’était porté sur l’ancien charbonnage de Zwartberg où une collaboration entre les secteurs public et privé allait permettre la réalisation du projet considéré. À l’instar des lieux traversés par l’œuvre de Koen Vanmechelen, cet endroit n’est pas dépourvu d’une certaine symbolique comme le laisse entrevoir la dénomination des différents éléments. À titre d’exemple, le néologisme LABIOMISTA a vu le jour à la table de l’architecte Mario Botta à Mendrisio tandis que les convives se régalaient d’une « insalata mista ». Le terme LABIOMISTA fait allusion au « brassage de la vie ».

À l’entrée du parc, Botta a créé « The Ark » ; la flèche en porte-à-faux de cet édifice en forme de V renversé enserre un portail. Cet édifice n’est pas sans évoquer la proue d’un navire à la coque agrémentée de hublots. Les stries noires et blanches distinctives que Botta ne se prive jamais d’utiliser ont ici cédé la place à une brique dont la teinte noire renvoie à la houille.

Entre charbonnage et zoo

Le bâtiment suivant n’est autre que l’ancien logement du directeur de la mine, puis du zoo de Zwartberg par la suite. Rebaptisé Villa OpUnDi, le siège de l’Open University of Diversity fondée par Koen Vanmechelen est un « lieu de rencontres et de partage des connaissances ». On y redécouvre l’histoire du site, marquée par la montée en puissance et par le déclin de la mine de charbon ainsi que par la deuxième vie fugitive du zoo. Quelques œuvres de Koen Vanmechelen y côtoient une flopée d’oiseaux naturalisés comme dans une chambre magique, un avant-goût du climat appelé à régner dans son atelier.

Entre serre et cage

Monolithe noir énigmatique, cet atelier baptisé The Battery, n’est hélas pas accessible. Une cage à rapaces et une serre dénommée « The Looking Glass » sont juchées sur ce laboratoire. Le public peut se balader alentour et sous ce bâtiment. La cage à rapaces surplombe un passage couvert qui fait office de (second) couloir d’accès au parc. Un passage couvert longe le bâtiment sur toute sa longueur entre la serre et la cage. Ce lieu fait songer à une crypte, chapelles latérales incluses. Émanant d’espaces vides en surplomb, la lumière baigne l’atelier dans une lueur qui permet au visiteur d’entrevoir l’atelier à travers ses fenêtres inférieures. On doit à Mario Botta la conception d’églises et de chapelles. Dès lors, la comparaison n’est pas aussi tirée par les cheveux qu’on pourrait le croire.

Entre l’œuf et la feuille

L’aménagement paysager et l’élégante scénographie que l’on doit respectivement à BURO landschap et au cabinet d’architectes Voet et De Brabandere rendent particulièrement agréable toute promenade dans le parc. Voet et De Brabandere jouent avec diverses formes, matières et dimensions pour réaliser des panneaux d’information, petits bancs et installations artistiques en puisant leur inspiration dans la figure de l’œuf. Les installations d’hébergement des animaux ne peuvent pas encore en témoigner, mais le sentier qui les traverse, vient à bout de déclivités et jette plusieurs ponts entre elles. Joliment exécuté en béton lavé, ce sentier est agrémenté de bordures métalliques brunes qui font office de garde-corps.

Entre escalier et arcade

Van Belle & Medina ont signé le bâtiment le plus virtuose du site. Amalgame entre les termes « ab ovo » (« à partir de l’œuf ») et « labo », le LabOvo s’articule autour de nombre d’escaliers et d’arcades dont la présence contribue à créer un lieu de rencontre et d’observation hors du commun. La mise en exploitation du toit transformé en terrasse ne manquera pas d’en accroître la rentabilité. Apothéose stimulante, le pavillon en béton parachève la boucle en ramenant le visiteur à son point de départ.