PEOPLE & PROJECT
Dimension 50 – novembre 2018
Plus de vert et de vie pour Paspoel Anders

« Nous voulions littéralement créer davantage de portes d’entrée au rez-de-chaussée et ainsi renforcer la perception. » (photos S333 Architecture + Urbanism)

Le choix de la brique de parement Flemming a permis de réaliser de façon souple de grands volumes.

Le mortier en couche mince permet de réaliser un joint très mince et donne à la brique un aspect plus élancé.
PreviousNextPaspoel est le nom d’un hameau de Tongres qui, après 1950, a connu un gros afflux de population. Au cours des dernières décennies, la société de logement social Woonzo a construit un certain nombre de barres de logements, devenues obsolètes depuis. « Le jury a retenu notre projet en raison de sa faisabilité, de sa qualité de vie et de son phasage bien pensé. Nous voulions littéralement créer davantage de portes d’entrée au rez-de-chaussée et ainsi renforcer la perception », a déclaré Frank Provoost, architecte principal du cabinet d’architecture londonien S333 Architecture Urbanism.
Le projet de la société de logements sociaux Woonzo résultait d’un Appel ouvert du Maître d’ouvrage flamand de l’époque. Il prévoyait la démolition des trois tours d’appartements existantes, et la construction de trois nouveaux immeubles de logements de 8 étages, et de trois barres supplémentaires de 3 à 5 niveaux. L’ensemble comportait un nombre identique d’appartements, soit 192. « Un des défis majeurs était de savoir comment garder la maîtrise de la taille ? Ceci n’était possible qu’en créant une diversité de logements », déclare Frank Provoost. « C’est pourquoi nous avons opté pour une combinaison de trois immeubles tours, et de 2 immeubles à coursive, moins élevés. » Les blocs A, B et C ont été implantés comme des tours classiques, avec 3 x 34 appartements (4 à 5 par étage), et un noyau central. Les bâtiments moins élevés, E, D et F sont accessibles via les coursives ouvertes situées à l’arrière. Les tours comptent (rez-de-chaussée inclus) au maximum neuf niveaux, et les immeubles à coursives, au maximum cinq. Chaque appartement dispose d’une petite terrasse extérieure.
Espaces paysagers
L’espace environnant les blocs d’habitation existants était à peine utilisé et n’avait pas d’identité. Grâce à l’implantation des volumes construits, différents espaces paysagers, des zones ayant chacune un caractère différent, ont été créés et délimités. « La ‘zone de la place’ avait été explicitement demandée par Woonzo, qui voulait que le ressenti autour du nouveau projet ne reste pas borné aux habitants du site, mais implique aussi ceux des habitations avoisinantes. Raison aussi pour laquelle la place en question n’occupe pas le centre du projet mais a été implantée asymétriquement », poursuit l’architecte. « Une autre zone concerne une nouvelle rue qui traverse le projet par le milieu et le relie ainsi aux voies existantes et aux rues avoisinantes. Il naît de cette manière une structure assurant une continuité. Nous laissons les riverains se promener le plus possible à travers le projet au lieu de le contourner. Cette voie publique est aménagée et financée par le maître d’ouvrage Woonzo, son exploitation et son entretien revenant à la Ville de Tongres. Une autre demande du maître d’ouvrage était que tous les locataires puissent rester habiter sur le site durant toutes les phases de construction, et déménager ensemble avec leurs voisins actuels, vers le nouveau bâtiment. »
Espace public utilisé de façon optimale
Les autres espaces verts du site Paspoel sont, entre autres, un verger, une aire de jeux, un potager, un terrain pour ados (avec entre autres un terrain de football et du mobilier urbain) et un espace de repos pour seniors, avec des bancs et de la verdure. « Nous avons été obligés de rester à l’intérieur de la zone perturbée (les contours de la zone déjà construite). Ceci était une conséquence directe des fouilles archéologiques qui avaient précédé le projet de construction antérieur, datant des années 80 », déclare encore l’architecte.
Brique de parement sombre et enduit de façade plus clair.
En ce qui concerne le choix des matériaux de façade, le client et les architectes ont opté pour une brique de parement dans les tons brun noir, en accord avec les maisons environnantes, pour toutes les façades donnant sur la rue ou la place. Pour le revêtement des bâtiments à coursives attenants aux jardins, un enduit de façade de couleur plus douce assure le contraste nécessaire. Avec le choix de la « Flemming » nuancée brun noir, de Vandersanden, la préférence a été donnée à une brique à la texture et au caractère intemporel. Cette pierre de parement ‘wasserstrich’ se prête parfaitement à la réduction de taille. Son caractère rugueux permet de petites nuances de teinte. Il a été choisi un type de brique d’à peine 5 cm de hauteur, qui permettait une certaine souplesse, compte tenu des grands volumes. Par exemple, sur certaines surfaces de façade, la brique dépasse de quelques centimètres par rapport aux autres surfaces. Il a été utilisé un mortier en couche mince. Le joint très mince donne à la brique un aspect plus élancé.
« Les coursives sont montées en acier galvanisé en raison de la couleur assez neutre et du contraste avec les teintes claires de l’enduit de façade. Les sols des coursives sont réalisés en Massaranduba FSC, une espèce de bois tropicale, facile à entretenir et devenant gris clair avec le temps », précise Frank Provoost.
Presque ‘vivre sur le chantier’
Pour le cabinet d’architectes londonien, Paspoel Anders était le premier projet sur le sol belge. « Bien que la préparation et la communication vis-à-vis des habitants ait été faite avec soin par le maître d’ouvrage Woonzo, le phasage d’un tel projet reste toutefois un défi de taille. Surtout au cours de la première phase dans laquelle, entre autres, devaient être construits le bâtiment bas et le parking en sous-sol, à moins d’1 mètre de distance d’habitations encore occupées. La construction en phases successives est en tout cas un processus d’apprentissage intéressant pour toutes les personnes concernées », déclare l’architecte.
Phasage
Au rez-de-chaussée de la tour construite au cours de la phase 1, les architectes ont également prévu un centre communautaire, une installation qui n’était pas présente sur l’ancien site de Paspoel. Ce centre a été implanté en un endroit donnant sur la nouvelle place. L’ensemble du concept architectural garantit des contacts plus nombreux et de meilleure qualité entre les résidents, même s’il existe un bon mélange de résidents jeunes et moins jeunes.
Entre-temps, la phase 1, qui consistait à construire une tour et un bâtiment bas entre les immeubles résidentiels existants, et représentant au total 71 appartements, a été livrée et mise en service. En octobre a débuté la construction de la deuxième phase, de moindre envergure : une tour combinée à l’extension d’un bâtiment à coursives, totalisant 38 appartements. La phase 3 (2020-2021) concerne, elle, une phase de plus grande ampleur, de 61 appartements. Une dernière phase concernera encore la construction de 22 appartements.
Rédaction Philip Declercq