Marge célèbre son dixième anniversaire. Pour marquer cet événement, le bureau publie un ouvrage consacré à des projets de plus petite échelle, accordant une attention particulière à l’habitat individuel. Une belle occasion d’organiser un architour et de découvrir six réalisations : cinq transformations – allant de l’extension à la rénovation complète – et une construction neuve réalisée ‘au prix d’une rénovation’.
Loo II (biotope), Sint-Denijs-Westrem
Notre visite débute à Sint-Denijs-Westrem, dans une villa nichée dans un cadre verdoyant, le long de la drève menant au château. Si la villa était sans prétention, sa structure sous-jacente s’est révélée fascinante : une ossature en béton coulé sur place, associée à un systèmes de cloisons. L’ancienne demeure des grands-parents a été transformée en une habitation pour la famille de la petite-fille. Les maîtres d’ouvrage ont privilégié le jardin à la maison, réduisant la surface habitable de 300 m² à 170 m².
Au-dessus du rez-de-chaussée, un structure légère en bois est insérée sous la toiture pour accueillir l’espace nuit. Cette intervention a eu pour effet de placer certaines parties de la maison hors du nouveau volume, leur conférant le statut de pièces extérieures. L’une d’elle, désormais détachée de l’habitation, a conservé son toit et ses ouvertures. Pour les autres, seuls les murs extérieurs restent debout, et certains sont réduits à des lignes dans l’herbe. Les pièces extérieures se situent à la frontière entre intérieur et extérieur, entre ce qui a été préservé et ce qui a disparu. Loin d’être des espaces résiduels, ce sont des lieux à part entière qui, par leur position singulière, insufflent de nouvelles qualités spatiales.
Hofbode II (cadran solaire), De Pinte
La charmante Villa des Roses devait gagner en durabilité et en espace. À l’arrière de l’habitation, un volume en double hauteur a été ajouté, abritant la suite parentale à l’étage. En limite de parcelle, une cheminée triangulaire dotée d’un foyer extérieur a été érigée. Entre la cheminée et le nouveau volume, une toiture en pente abrite l’espace de vie intérieur et l’espace extérieur près de la cheminée.
La toiture s’incline vers le jardin, offrant une protection contre le soleil couchant. Sa couverture végétalisée semble se prolonger vers le jardin fleuri, tandis que la maison s’ouvre généreusement sur le jardin arrière. Le rythme des poutres en bois structure la façade. La toiture apparaît extrêmement fine à l’arrière et plus massive côté rue.
Reiken II (double perspective), Gand
Marge conçoit chaque projet comme un concept unique reflétant son essence. De cette approche est née une nomenclature organisée en séries, liées à la recherche typologique. Reiken II est la seconde itération d’un grand bâtiment implanté sur une petite parcelle. Cette maison de maître ne disposait d’aucun espace extérieur. La démolition des annexes a permis de créer un petit jardin, tandis que la cuisine a retrouvé sa place au rez-de-chaussée, connectée à l’extérieur. Lors des travaux, l’emplacement de l’ancien escalier de service a été mis à jour. Un nouvel escalier a été aménagé, créant un raccourci entre la cuisine et l’espace de vie au bel-étage, évitant ainsi d’emprunter l’entrée principale, plus formelle. En toiture, une terrasse est aménagée dans le prolongement d’un volume supplémentaire baigné de lumière, appréciable durant les mois sombres.
Côté rue, la façade monumentale a été restaurée. À l’arrière, les architectes ont exploité habilement les possibilités offertes par l’enduit extérieur et l’épaisseur de l’isolation. Les fenêtres de la cage d’escalier sont fortement en retrait, ce qui dispense de toute protection solaire. Celles des pièces de vie affleurent la surface de la façade. Le motif coloré de la façade arrière fait écho à celui de la façade avant, dont le couronnement s’incurve doucement vers la gouttière.
Strekken IV, Zevergem
La maison suivante est une habitation semi-ouverte, où un mur de jardin reliait la maison au garage indépendant. Il fallait agrandir l’espace de vie avec la cuisine et créer une liaison avec le garage. La réponse de Marge semble aller de soi : une nouvelle toiture rectangulaire vient se superposer au plan existant, reliant l’ancienne façade arrière au garage.
Le portail de jardin devient la nouvelle entrée arrière. Un pan de toit se prolonge pour y former un abri. À l’arrière, la façade vitrée s’incurve pour dessiner une terrasse partiellement couverte. En contournant l’angle, on rejoint le garage sans se mouiller. Deux poutres en acier turquoise soutiennent la toiture, et la façade arrière. L’une d’elle traverse le mur du jardin et se prolonge à l’extérieur pour porter l’auvent.
Une ouverture dans le ciel III, Gand
Près de la gare de Sint-Pieters se dressent des maisons jumelles, ou plutôt de faux jumeaux: elles n’ont pas été construites selon le même plan et se ressemblent simplement. Le paysage urbain étant toutefois protégé, Marge a obtenu l’autorisation de créer une ouverture dans la toiture, à condition que celle-ci reste discrète et préserve le caractère du bâtiment. L’intervention a permis d’aménager une terrasse.
Ce projet illustre l’habitat compact en ville. La famille avait besoin de davantage d’espace, que Marge a trouvé en surélevant la toiture à l’arrière. Depuis le premier étage, un nouvel escalier mène aux combles. De là, il s’ouvre sur un palier avec un espace de rangement attenant à la terrasse située côté rue, et une chambre côté jardin.
La chambre dispose d’une fenêtre intérieure donnant sur le palier. Celui-ci a été conçu comme une estrade, avec deux marches menant à la terrasse. Des rangements pratiques sont intégrés dans les marches. L’agencement confère au lieu un caractère multifonctionnel, tout en pouvant l’isoler par une cloison coulissante.
Soberrijk, Gand
Pour cette dernière visite, nous nous rendons à Muide, à Gand. Le projet Soberrijk a vu le jour sur une parcelle reparcellisée puis mise en vente par la ville. Une maison neuve au prix d’une rénovation. Une maison mitoyenne pensée comme une maison d’angle.
La récupération et l’autoconstruction ont façonné l’apparence de la maison. Un dernier lot de briques a suffi pour le soubassement et le mur de jardin. Le portail de jardin récupéré donne le ton; la sonnette sera peinte dans le même vert. L’entrée est située quelques marches plus bas afin de dégager une hauteur suffisante pour quatre niveaux jusqu’au faîte du toit.
Côté rue, deux pignons forment un angle. Ils font écho à deux autres maisons situées aux angles opposés de la petite place. À la jonction des pignons, une terrasse est aménagée. Les ouvertures carrées soulignent la géométrie épurée des façades.
La toiture de la cuisine, en contrebas, a été surélevée pour accueillir le coin salon au premier étage sous forme de mezzanine. Les tôles ondulées des façades et de la toiture, les marches d’escalier et un évier provenant d’une usine : tout a été récupéré. Dans le jardin, un grand plateau de table en marbre est posé, en attendant de devenir un plan de travail.
Soberrijk montre comment les matériaux de récupération peuvent bénéficier d’une seconde vie mais aussi orienter le processus de conception.
Publication: Vast land. Marge architecten, T. Roelandts en S. Schreurs, 2026
Rédaction: ir.-arch. Arnaud Tandt