OUTILS & PRATIQUES PROFESSIONELLES
Dimension 68 – mai 2023
Le réemploi des matériaux dans la pratique

Test de démontage d’une maçonnerie mené par l’entreprise Galère.

Test de résistance au gel de briques de récupération.

Test de résistance au gel de briques de récupération.
PreviousNextLe réemploi des éléments de construction présente de nombreux avantages environnemen.taux et socio-économiques, tels que la relocalisation de la main-d’œuvre et le développement de nouveaux modèles d’entreprise. Dans un contexte de pénurie et de hausse des prix des matériaux neufs, il peut également se révéler financièrement intéressant. Or, de nos jours, seulement 1 % des éléments de construction sont réutilisés après leur première application.
Récupérer des matériaux de construction
Outil important pour toute opération de récupération, l’inventaire de réemploi peut être dressé par différents acteurs, qu’il s’agisse du maître d’ouvrage, de l’architecte, de l’entrepreneur ou du bureau d’études. Ce type d’inven.taire rassemble des informations relatives aux éléments présents dans le bâtiment à rénover ou à démolir. C’est un outil de communication et d’aide à la décision qui, en outre, servira de base pour estimer le potentiel de réemploi des matériaux (voir figure 1) Un guide a été élaboré dans le cadre du projet FCRBE pour vous aider à établir un tel inventaire. Vous le retrouverez en cherchant ‘FCRBE guides’ sur www.nweurope.eu.
Le réemploi d’un élément de construction est notamment fonction de sa capacité et de sa facilité à être démonté. Ainsi, la démontabilité d’une maçonnerie dépend de plu.sieurs facteurs, dont la composition du mortier utilisé. Généralement, il est plus aisé de démonter et de nettoyer des briques maçonnées à l’aide d’un mortier tendre (à base de chaux ou d’un mélange ciment-chaux, …) qu’avec un mortier à base de ciment.
Il est donc conseillé de se rendre dès que possible sur place pour réaliser un test de démontage (voir figure 2 à la page suivante), qui permettra :
• de déterminer la technique de démontage la plus efficace
• d’extraire d’éventuels échantillons
• d’évaluer le temps nécessaire pour la déconstruction
• d’estimer un taux de récupération des matériaux que l’on pourra communiquer aux acteurs concernés.
La déconstruction se distingue de la démolition dans la mesure où elle requiert :
• un planning et des techniques de démontage adaptés, pour extraire les matériaux soigneusement
• une bonne coordination entre les différents corps de métier, pour éviter d’endommager les matériaux.
Dès le début de l’opération de réemploi, il est nécessaire de spécifier la destination des éléments récupérés. Ils peuvent être revendus sur le marché des matériaux de réem.ploi (voir Opalis, ci-après), réutilisés directement sur site ou dans un autre projet, revendus en ligne via des plateformes ou simplement donnés à un organisme tel que la fédération Res.sources (www.res-sources.be). En Région bruxelloise, il est également possible de contacter la Plateforme des acteurs pour le réemploi (www.reemploi-construction.brussels). En fonction de la destination des matériaux, il faudra mener des opérations telles que le tri, le nettoyage, la remise en état, le stockage et le transport pour que les matériaux soient aptes à être remis en œuvre.
Construire avec des matériaux de réemploi
L’une des manières de se fournir en matériaux de réemploi consiste à consulter Opalis (https://opalis.eu/), un annuaire en ligne recensant les fournisseurs spécialisés en Belgique, en France et aux Pays-Bas. Certains de ces fournisseurs disposent par ailleurs d’une plateforme de vente en ligne. Les matériaux peuvent aussi être achetés à d’autres entre.preneurs ou particuliers.
Si l’on souhaite proposer un prix à la suite d’un appel d’offres, il est nécessaire d’analyser le marché du réem.ploi. Il faudra s’assurer que les matériaux sont présents en quantité suffisante et de manière assez constante sur le marché et qu’ils présentent des caractéristiques homo.gènes. Cette fois encore, l’annuaire Opalis peut s’avérer utile, car il fournit des informations sur la disponibilité des matériaux et donne une idée de leur prix.
Il faut aussi veiller à ce que les clauses des cahiers des charges soient adaptées aux matériaux de réemploi. Pour aider les auteurs de projet à rédiger leurs cahiers des charges, la Wallonie a établi 70 clauses relatives aux travaux de réem.ploi dans le cadre du Cahier des charges type-bâtiments 2022 (CCTB 2022). Elles peuvent être consultées dans la rubrique ‘Téléchargements du CCTB’ du site de la Wallonie dédié aux bâtiments (https://batiments.wallonie.be/).
Tout comme les matériaux neufs, les matériaux de réemploi doivent répondre à des exigences techniques. Certaines performances doivent dès lors être testées en laboratoire (voir figure 3). Il existe toutefois des alternatives à ces tests généralement coûteux. Une procédure a été proposée dans l’article Buildwise 2020/01.07. Celle-ci a été développée dans un document publié dans le cadre du projet BBSM (Bâti bruxellois source de nouveaux matériaux) et appliquée à cinq types de matériaux. Vous trouverez de nombreuses informations dans la rubrique ‘Publications’ du site consacré au projet (www.bbsm.brussels).
Étant donné que certains matériaux de réemploi, notam.ment les plus anciens, diffèrent des matériaux neufs, les méthodes de mise en œuvre actuellement préconisées ne seront pas toujours les plus adaptées. Par exemple, une brique réemployée est susceptible de changer de compor.tement face au gel si elle est maçonnée avec un mortier de composition différente de celui d’origine. Il peut donc être recommandé d’adapter la composition du mortier.
Cet article a été rédigé dans le cadre de C-Tech, Guidance technologique organisée par Buildwise en Région de Bruxelles-Capitale.
Par F. Poncelet, ir.-arch., chercheuse, laboratoire ‘Solutions durables et circulaires’, Buildwise
Projet FCRBE
Trente-sept opérations pilotes portant sur la récupéra.tion et le réemploi des matériaux ont été suivies dans le cadre du projet FCRBE (Facilitating the Circulation of Reclaimed Building Elements in Northwestern Europe). Les partenaires du projet ont pu tirer des enseigne.ments concernant les bonnes pratiques de réemploi et tester des outils permettant de soutenir les acteurs de la construction. Les entrepreneurs généraux, les entre.preneurs en finition, les charpentiers et menuisiers, les couvreurs et les entrepreneurs en démolition bénéfi.cieront prochainement d’un guide pratique spécifique à leur corps de métier.