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Dimension 52 – avril 2019

MODULO architects

« Nous entendons conférer une valeur ajoutée aux projets »

L’année prochaine, le bureau d’architectes bruxellois MODULO architects fêtera le 20e anniversaire de son existence. La spécialisation des activités du bureau et un parcours de croissance intelligent se sont traduits aussi bien par un changement d’échelle des projets que par une augmentation des effectifs au cours de ces deux décennies. Aujourd’hui, MODULO se définit comme « un petit parmi les grands ». Sur les trois fondateurs de l’entreprise, MM. Gijs Deknopper et Pierre Spruytte n’ont pas quitté le navire et exercent encore les fonctions de partenaire-administrateur. Ils sont flanqués de trois partenaires plus jeunes avec lesquels s’est entretenu DIMENSION : l’architecte Olivier Barré et les ingénieurs architectes José-Frederic Baeyens et Lieven Van Landschoot.

La spécialisation est l’une des vertus de MODULO. Le bureau d’architectes a été fondé en l’an 2000 en vue de la conception d’un laboratoire à Rixensart pour le groupe pharmaceutique GSK. Sur le marché de niche des laboratoires, centres de recherche et infrastructures pharmaceutiques, MODULO architects occupe aujourd’hui une position des plus solides comme en témoignent nombre de références émanant de la quasi-totalité des universités belges ainsi qu’un portefeuille étoffé de maîtres d’œuvre publics et privés au nombre desquels Solvay, AB Inbev, BASF et GSK. Ces dernières années, le bureau a élargi son champ d’action en l’étendant à l’architecture des établissements de soins. La dernière touche apportée à cette palette d’activités est pour le moins originale : la construction d’immeubles de stationnement. Olivier Barré : « Nous jouissions déjà de références dans le domaine des immeubles de stationnement et nous avons eu la chance de conclure un partenariat avec un bureau bruxellois hyperspécialisé. Le père d’une amie avait conçu des immeubles de stationnement dans le monde entier. Nous avions mis dans le mille parce qu’aujourd’hui, nous faisons partie d’un groupe restreint d’experts dans notre pays. Alors qu’il y a près d’une dizaine d’années, les immeubles de stationnement se devaient de n’être que fonctionnels et économiques, les missions de cette nature ont désormais tout d’une aventure passionnante. Véritables plaques tournantes de la mobilité dans les centres urbains, ces immeubles doivent répondre à toute une série d’exigences : élégance, attrait, efficacité, durabilité, flexibilité, coût raisonnable. »

José-Frederic Baeyens : « Récemment, nous avons conçu, en collaboration avec le bureau d’architectes néerlandais GAF – Gortemaker-Algra-Feenstra et le bureau d’études Ellyps, un immeuble de stationnement de 1.000 places réservé au personnel du CHU Saint-Luc à Woluwé. Une technique de construction spéciale nous a permis de doter ce bâtiment flexible et relativement bon marché d’un plafond plat en lieu et place de la structure usuelle en poutres. La hauteur de ce plafond ouvre de nombreuses perspectives de modification fonctionnelle et d’adaptation ultérieure. En outre, la force portante de la construction est suffisante pour supporter, le cas échéant, le poids de sept étages supplémentaires. »

Valeur ajoutée

Olivier Barré : « Nous présentons la particularité de ne jurer que par l’architecture contemporaine et de vouloir, en toutes circonstances, offrir une valeur ajoutée sur les plans suivants : esthétique, fonctionnalité, durabilité, flexibilité, expertise technique et approche personnalisée. C’est pourquoi nous nous tenons, pour le moment, à l’écart de la construction en série d’immeubles résidentiels ou de bureaux. Dans ce domaine, il est souvent difficile de veiller à la qualité architecturale et les négociations relatives aux conditions se déroulent d’ordinaire sur le fil du rasoir. Par le passé, nous étions présents dans le secteur de l’enseignement, une évolution logique compte tenu des relations que nous entretenions avec les universités. Mais la concurrence est rude dans ce secteur et nous ne parvenions que difficilement à tirer profit de notre valeur ajoutée. C’est la raison pour laquelle nous nous focalisons sur les trois domaines évoqués en nous consacrant à des projets où notre valeur ajoutée nous permet d’aller plus loin que dans le cadre de missions d’architecture plus communes. Mais il va sans dire que nous gardons un œil attentif sur les évolutions du marché. »

Comment le bureau MODULO architects aborde-t-il ces projets spécialisés ? Pour commencer, les partenaires se soumettent à une répartition claire des tâches. Olivier est responsable des relations publiques, de la prospection et avant tout des concours. Lieven se consacre aux immeubles de stationnement et veille sur les installations et ressources informatiques. Il a développé entre autres le système de saisie des temps et les dispositifs de communication interne. Par ailleurs, on lui doit l’introduction de la modélisation BIM dans le bureau. José-Frederic se focalise sur les laboratoires et les missions publiques. José-Frederic Baeyens : « Notre envergure actuelle présente l’avantage de limiter les risques de surcharge, si bien que nos partenaires ne doivent pas se borner à exécuter des tâches spécifiques qui les empêcheraient de continuer à exercer leur métier d’architecte. »

Limites à la croissance ?

L’envergure de l’entreprise est l’un des thèmes récurrents dans l’effort de réflexion sur l’orientation que doit prendre le bureau pendant sa troisième décennie d’existence. Olivier Barré : « Ces dernières années, l’envergure de nos projets a enregistré une forte poussée de croissance qui requiert à présent une phase de consolidation. À l’heure actuelle, nous jouons dans la cour des grands, où nous faisons encore figure d’acteur modeste compte tenu de notre personnel limité à une vingtaine d’éléments. Ces effectifs restreints nous contraignent à travailler d’arrache-pied pour venir à bout de notre tâche ; tant et si bien qu’il nous arrive parfois de devoir laisser passer une belle opportunité. Sous peu, nous devrions être à même de porter nos effectifs à une trentaine de personnes, un nombre que nous considérons a priori comme un maximum. Mais la question se pose de savoir quelle est la nature des projets réalisables avec ces effectifs supplémentaires. Accepter davantage de missions pour maintenir tout le monde en activité en laissant se dégrader notre potentiel est, selon nous, une option fondamentalement déplorable. »

Lieven Van Landschoot : « La transition vers des projets de plus grande envergure réclame, au demeurant, bien plus qu’une simple augmentation des effectifs. Jusqu’à présent, notre approche idéale voulait que tout collaborateur permanent participe de bout en bout à la réalisation d’un projet, de l’avant-projet à la réception définitive. Dans le cadre de grands projets, une telle approche cesse d’être viable. Un individu donné est dans l’incapacité de maîtriser l’ensemble du projet considéré et de participer à toutes les réunions. L’entreprise requiert une structure complètement différente et un personnel expérimenté en seconde ligne auquel l’entreprise doit pouvoir confier l’exécution d’une partie des tâches. Si, par exemple, un membre du personnel participant à un projet d’envergure ne maîtrise pas un aspect tel que la sécurité incendie, la perte de temps qui en découle est considérable et la solution retenue risque d’être infra-optimale. »

Nous nous exprimons en néerlandais, en français et en anglais.

S’il est vrai que le recrutement d’éléments expérimentés est difficile, il n’en demeure pas moins que le bureau MODULO est très sollicité. José-Frederic Baeyens : « En dépit de notre absence de profil défini, nous faisons fureur chez les jeunes architectes. Ce n’est pas par hasard. Notre portefeuille comprend plusieurs projets captivants ; chacun d’entre nous a la possibilité de suivre un projet de A à Z et nous accordons beaucoup d’importance à une bonne intégration au sein de l’équipe. Cela fait près de douze ans que j’ai lié mon sort à celui de MODULO ; personne n’a été renvoyé pendant cette période. Lorsque nous étions confrontés, par le passé, à une baisse de la somme de travail, nous nous efforcions de nous livrer à une autre activité et, le cas échéant, nous n’hésitions pas à nous serrer la ceinture. En outre, l’ambiance est bonne et tout un chacun est en mesure d’organiser son travail dans des limites raisonnables. »

Olivier Barré : « Nous devrions rationaliser davantage nos activités pour améliorer le rendement, confier des tâches subalternes à nos jeunes collaborateurs, les exclure des réunions et les mettre en chômage technique dès que le volume de travail devient insuffisant. Une telle rationalisation permettrait à notre bureau de gagner en efficacité, mais nous n’avons nullement l’intention d’adopter cette approche. C’est pourquoi, nous avons plafonné les effectifs à trente personnes. Autre particularité de MODULO : nous sommes parfaitement trilingues. Ces facultés linguistiques contribuent au potentiel de notre bureau : nous sommes à même de nous adresser à nos clients dans leurs langues respectives. S’agissant du campus de recherche Solvay situé à Bruxelles, nous parlons anglais avec nos collègues du bureau d’architectes danois Schmidt Hammer Lassen, français avec la direction et néerlandais avec les ingénieurs de VK Engineers. »

Nous ne jouons pas le jeu

MODULO architects prend régulièrement le pouls de la situation, mais ne s’abandonne pas aux vertiges de la mode, comme en atteste M. Oliver Barré, lequel a exercé, ces deux dernières années, les fonctions de président du cluster ecobuild.brussels, le réseau du secteur consacré à la construction durable dans la région de Bruxelles-Capitale. « Nous ne jouons pas le jeu et nous ne nous livrons pas au verdissement de la communication. En revanche, nous considérons la durabilité sous un angle très rationnel. »

Le laboratoire rénové il y a quelques années par MODULO pour le compte de l’UCL à Louvain-la-Neuve illustre parfaitement cette approche. José-Frederic Baeyens : « Il s’agit de l’une des trois ailes du Département de chimie Lavoisier. Soucieux de ne pas toucher à l’architecture typique en béton, nous avons laissé telle quelle l’enveloppe du bâtiment. Par contre, nous en avons complètement modernisé l’intérieur en appliquant les techniques les plus récentes. À cet égard, les autorités concernées ont vivement apprécié nos propositions visant à limiter la consommation d’énergie des 120 hottes de laboratoire. Ces hottes équipées de fenêtre coulissantes réglables à travers lesquelles les chercheurs peuvent travailler en bénéficiant d’une protection efficace contre les risques d’exposition à des substances toxiques sont de véritables gouffres énergétiques. Les déperditions énergétiques d’une hotte de laboratoire sont comparables à celles d’une fenêtre sans vitre d’un mètre carré. L’isolation, l’usage différencié, les débits de ventilation variables, la récupération de chaleur à l’aide de plaques ainsi que l’application d’un coefficient de simultanéité visant à inciter les utilisateurs à ne pas laisser fonctionner inutilement les hottes de laboratoire nous ont permis de réduire radicalement la consommation d’énergie, sans jamais compromettre la sécurité et la santé d’autrui. La coordination de telles techniques nous permet, en tant qu’architectes, d’offrir une valeur ajoutée appréciable parce que l’interaction que nous établissons avec le client est bien plus profonde que celle établie par le bureau d’études et parce que nous connaissons les principes de fonctionnement et le potentiel de certaines installations. De ce fait, nous sommes à même de proposer des alternatives techniques dont le bureau d’études pourra procéder au calcul et à l’élaboration. »

Lieven Van Landschoot : « Nous n’abandonnons jamais le maître d’œuvre à son sort et nous assurons le suivi des installations après leur réception afin, le cas échéant, d’étudier ensemble des solutions éventuelles. Cette approche nous permet d’approfondir les relations que nous entretenons avec nos clients majeurs. L’UCL s’est réjoui des propositions que nous avions avancées concernant les hottes de laboratoire ainsi que du respect sans faille du budget et de la planification. Lors de tout appel d’offres ultérieur, nous bénéficierons d’une écoute bienveillante à condition, cela va sans dire, de leur soumettre une offre correcte. Le fait que la mission de rénovation des deux autres ailes nous ait été confiée ne doit rien au hasard. »

Technique et architecture

Par ailleurs, la technique et l’architecture sont les deux faces d’une même médaille. José-Frederic Baeyens : « Dans le laboratoire de chimie, nous avons laissé visibles tous les éléments techniques, mais nous avons procédé à un examen rigoureux des tracés et fait preuve de créativité en intervenant sur les diamètres et l’éclairage. Résultat : des couloirs attrayants. Nous avons appliqué une approche comparable dans les locaux de l’école d’ingénieurs ECAM située à Woluwé dans la mesure où leur budget était insuffisant pour donner corps à l’architecture contemporaine qu’ils espéraient dans le cadre de leur vaste programme prédéterminé. La dépression qui frappait alors le secteur du bâtiment ainsi que l’emploi judicieux de blocs de béton, plafonds en béton et autres éléments techniques laissés visibles nous ont tout de même permis de formuler une réponse satisfaisante. Au lieu de maçonner les blocs de béton en optant pour un appareillage en demi-briques, nous les avons posés en appareillage empilé en les dotant d’une armature supplémentaire. L’implantation des fenêtres a été étudiée avec soin. Certains tuyaux sont peints. De plus, nous avons aussi placé les trois auditoires les uns au-dessus des autres, afin de ne subir aucune perte d’espace malgré la hauteur indispensable de tels locaux. »

L’accompagnement des maîtres d’ouvrage va parfois très loin. Pour le moment deux grands projets destinés au CHU Saint-Luc sont au programme : un hôpital psychiatrique et un établissement d’oncologie. Pour permettre aux maîtres d’ouvrage de se faire une idée plus précise du potentiel de la modélisation BIM dans le domaine de la gestion des installations, MODULO a organisé une après-midi d’information à l’intention des directeurs techniques. José-Frederic Baeyens : « En fait, il s’agit de deux projets pilote en vue de la transformation des locaux dans le cadre du projet Saint-Luc 2025. De ce fait, nous devons tout mettre en œuvre pour les aider à être inventifs, cela demande bien plus d’efforts. »

Olivier Barré : « En tant qu’architectes, nous sommes fiers de participer à de tels projets parce qu’ils témoignent, on ne peut plus clairement, de l’impact de l’architecture sur la société. Si notre institut d’oncologie peut contribuer à ce que les patients souffrent moins en dépit de la maladie, nous en tirerons une grande satisfaction. »

Pression des concours

Les architectes considèrent comme un point faible le fait de ne remporter la quasi-totalité de leurs missions que par le biais de concours. Quoiqu’une sélection sans faille soit indispensable, aussi bien pour les chances de succès que pour la qualité de l’architecture, il ne suffit pas toujours de participer pour être retenu. Ainsi, nos interlocuteurs ruminent encore à propos d’un dossier de concours dans lequel le cahier des charges usuel en deux parties avait cédé la place à un pavé de 400 pages, truffé de renvois à toute une série d’annexes et dont la pagination se limitait à une simple numérotation à huit chiffres. « Tout était arrêté dans les moindres détails. Il n’y avait plus de place pour l’architecture. En définitive, trois des cinq bureaux d’architectes retenus, le nôtre inclus, se sont vu exclure en raison d’une divergence par rapport au cahier des charges, tant et si bien que nous n’avons même pas pu prétendre à une modeste indemnité de concours. L’exclusion des trois bureaux concernés s’est traduite par la perte de milliers d’heures de travail. Pour un petit bureau comme le nôtre, une telle mésaventure pèse particulièrement lourd. À l’inverse, remporter un concours contribue relativement davantage à notre chiffre d’affaires. »

« Par ailleurs, collaborer est une nécessité pour un bureau spécialisé », comme le soulignent les partenaires de MODULO avant d’aborder un dernier thème de discussion. « Nous demeurons des généralistes qui font appel à l’expertise d’un très grand nombre de parties. Pour bénéficier de cette expertise, nous travaillons énormément avec des bureaux de conception établis à l’étranger. À titre d’exemple, le nombre des projets d’hôpital ayant fait l’objet d’une évaluation est plus élevé aux Pays-Bas que chez nous. De plus, une collaboration nous permet d’accroître notre puissance offensive. Si la situation impose de se livrer à des prestations déraisonnables pendant une période déterminée, rien n’interdit alors de s’appuyer sur son partenaire. Inversement, nous apportons notre connaissance de la situation locale, notre expérience en matière de gestion de projets, notre savoir-faire technique et nos contacts avec le maître d’ouvrage. »

MODULO envisage-t-il de s’installer à l’étranger ? « Pas dans un avenir proche. Le marché belge est suffisamment vaste ; de plus, le manque de contacts à l’échelon local et la méconnaissance de la réglementation en vigueur ne feraient qu’accroître les risques. Sans parler des différences culturelles quant à la construction et au rôle de l’architecte. Cela étant, nous envisageons un partenariat avec un bureau français, pour lequel notre expertise pourrait se traduire par une valeur ajoutée dans le cadre de projets communs réalisés en France. Mais pour le moment, aucun plan concret n’a vu le jour. »

Par Colette Demil et Staf Bellens

www.modulo-architects.be

« La force portante du parking réservé au personnel du CHU Saint-Luc à Woluwé est suffisante pour supporter, le cas échéant, le poids de sept étages supplémentaires. »

« Nous n’abandonnons jamais le maître d’œuvre à son sort et nous assurons le suivi des installations après leur réception afin, le cas échéant, d’étudier ensemble des solutions éventuelles. Cette approche nous permet d’approfondir les relations que nous entretenons avec nos clients majeurs. »

« La coordination de techniques nous permet, en tant qu’architectes, d’offrir une valeur ajoutée appréciable parce que l’interaction que nous établissons avec le client est bien plus profonde que celle établie par le bureau d’études et parce que nous connaissons les principes de fonctionnement et le potentiel de certaines installations. »

« Accepter davantage de missions pour maintenir une équipe plus importante en activité en laissant se dégrader notre potentiel est, selon nous, une option fondamentalement déplorable. »