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Dimension 50 – novembre 2018
Verdickt & Verdickt ARCHITECTEN
Architecture : passion et business

Pour cette maison quasi neutre en énergie (en néerlandais : bijna-energieneutraal ou BEN), le cabinet Verdickt & Verdickt ARCHITECTEN a opté pour une ossature en bois durable, une enveloppe extérieure en briques rouges, des ouvertures en façade bien pensées, et des équipements techniques tels qu’une pompe à chaleur et des panneaux PV.

En démolissant les dépendances, le volume de construction de ce long corps de ferme a pu retrouver sa structure de base : logement et stockage. Les architectes ont conservé la disposition d’origine des fenêtres de la maison et ont remplacé la façade latérale par une pièce extérieure en retrait et vitrée, avec vue sur les environs.

Le cabinet d’architectes est situé dans le Comptoir Sucrier, un bâtiment au nord d’Anvers, qui après avoir été une boulangerie et servi pour le stockage de sucre, a été reconverti en complexe d’habitation et de travail. La partie arrière de ce complexe abrite au rez-de-chaussée le cabinet d’architectes et aux quatre étages, quatre lofts, dont un occupé par Nico. ©Toon Grobet

La partie côté rue du Comptoir Sucrier comprend deux maisons et trois appartements. L’ensemble est enchâssé autour d’une petite placette intérieure avec un arbre, un banc et un abri à vélos. © Stefan Dewickere

Dans le cadre de l’Appel ouvert, le bureau d’Opglabbeek a réalisé ce bâtiment neuf comportant un centre communautaire, une bibliothèque et une école de musique. La forme de la toiture renvoie à la typologie des constructions du centre du village, et la rythmique des fenêtres à celle des grands bâtiments avoisinants, parmi lesquels l’église et l’école.

Verdickt & Verdickt ARCHITECTEN étudient à Ekeren la reconversion du Kasteeltje Hof Mertens (Châtelet Hof Mertens), également connu sous le nom de Gulden Poort (Porte dorée). Ce bâtiment, conçu à l’origine comme habitation, de style renaissance néoflamande, a servi durant près d’un siècle de maison communale, de justice de paix, et de commissariat de police.

Sur l’ancien site de l’Hôtel Idéal, au nord d’Anvers, le cabinet d’architectes a conçu un bâtiment de 32 m de long avec 22 logements et un seul noyau de circulation verticale.

Cet hôtel particulier d’Anvers, conçu en 1935 en style beaux-arts, a jadis hébergé le palais de justice. Lors de sa reconversion il a accueilli au rez-de-chaussée un cabinet de notaire et aux étages supérieurs un logement unifamilial. Les éléments de valeur ont été, autant que faire se peut, intégrés à l’intérieur. La circulation existante a été dédoublée : les clients entrent par le portail cintré central, et le personnel par l’entrée de service. Un escalier extérieur relie le logement au jardin.

Le cabinet d’architecte conçoit, pour la congrégation juive Yatev Lev, une synagogue et une école. Ce sera un projet avec une promenade couverte, afin que les Anversois puissent se promener, au sens propre, parmi cette communauté fermée.

Ce double projet réconcilie habitation kangourou et habitation évolutive, avec une utilisation intelligente de l’espace. La jeune génération occupe l’ancienne habitation rénovée, et les parents la nouvelle à trois façades. Cette construction à ‘bel-étage’ comporte une chambre d’amis au rez-de-chaussée, et, aux niveaux supérieurs, des espaces vie accessibles par ascenseur et une toiture-terrasse comme pièce extérieure. Un patio relie les deux logements. Le jardin, le rangement à vélos et un certain nombre d’autres fonctions sont communs.


Grâce à une rénovation et un réaménagement, les entrepôts WDT du Parc Spoor Noord hébergent aujourd’hui un espace événementiel, des locaux de bureaux et de logistique, un espace de restauration et un gymnase. Les architectes ont conservé les façades avant et arrière et ont adjoint, du côté ouest, un volume opale indépendant. La paroi translucide de la façade renforce l’interaction entre le nouveau volume et l’existant. La nuit, le bâtiment se transforme en un phare éclairant l’environnement. ©Stijn Bollaert
PreviousNextIl y a vingt ans, les frères Nico (48) et Carl Verdickt (45) créaient la S.P.R.L Verdickt & Verdickt ARCHITECTEN. Leur modèle de coopération, déjà rodé depuis quelques années, reposait sur une complémentarité unique en termes d’ambitions et de compétences. Avec leurs projets prestigieux, en particulier des réaffectations, ils se sont fait un nom et une renommée en un rien de temps. Deux décennies plus tard, comment perçoivent-ils le rôle de l’architecte sur le marché actuel de l’immobilier et de la construction, et quelles sont les conséquences de l’évolution du marché et de l’environnement de travail sur un cabinet d’architectes de la taille réduite du leur ?
Nous avons rendez-vous au Comptoir Sucrier, un endroit au nord d’Anvers qui, dans une vie antérieure, abritait une boulangerie et un entrepôt de sucre, et a été transformé depuis par les frères Verdickt en un complexe à la fois d’habitations et de lieu de travail. La partie arrière de ce complexe abrite au rez-de-chaussée le cabinet d’architectes et aux quatre étages, quatre lofts, dont un occupé par Nico. La partie côté rue comprend deux maisons et trois appartements. L’ensemble est enchâssé autour d’une petite placette intérieure avec un arbre, un banc et un abri à vélos.
L’endroit en dit long sur les deux frères. Et tout d’abord, qu’une vie sobre ne leur est pas du tout étrangère. Carl Verdickt : « En tant qu’architectes débutants, nous avons réalisé assez rapidement que notre profession était un mouvement perpétuel entre des hauts et des bas, sans réaliser toutefois la hauteur de ces montagnes russes. En tout cas, notre conclusion était qu’il valait mieux jouer la sécurité, et acheter et payer son propre cabinet. Au départ, nous avions transformé en bureaux un ancien entrepôt de grains, au coin de la rue. Douze ans plus tard, cette opportunité s’est présentée. »
Nico : « Pour notre premier projet, nous sommes allés complètement à contre-courant. Les quartiers nord d’Anvers étaient alors un endroit difficile, où vous trébuchiez sur les ordures et où le journaliste de Panorama, Paul Jambers, avait tourné ses reportages télévisés très controversés. ‘Ne le faites pas ‘, entendions-nous, ‘car aucun client n’osera venir y garer sa voiture’. Mais le budget dont nous disposions ne nous laissait pas le choix. »
Outre la sobriété, ce choix en dit également long sur le flair stratégique des deux architectes. Carl : « Comme cabinet d’architectes urbain, nous voulions absolument un bâtiment ayant une valeur historique car, en ville, la rénovation et la réaffectation sont au premier plan des priorités. En outre, cela devait devenir notre carte de visite et, dans de tels bâtiments, il vous est possible d’apposer votre griffe architecturale et d’utiliser le cadre historique de manière contemporaine, sans rebuter pour autant les clients potentiels. Si nous avions construit une villa contemporaine dans le style d’alors, nous nous serions retrouvés aujourd’hui avec une enseigne démodée. Ce n’est pas pour rien que nous répétons sans cesse que l’architecture n’est pas une mode. »
Nico : « Il se fait que notre père a grandi dans ce quartier. Lorsque son père à lui est mort, peu après la Seconde guerre mondiale, sa mère a mis tout ce qu’elle possédait sur une charrette à bras et est venue ici à pied depuis le pays de Waes. »
La collaboration : complémentaire
Notre démarrage commun n’était en aucun cas le résultat d’un plan élaboré des années à l’avance, mais relevait, encore une fois, d’une démarche réaliste. Nico : « Étant plus intéressé par la technique que par les langues, je suis passé de l’enseignement général à l’enseignement technique pendant mes études secondaires. Là, entre autres, j’avais des cours de dessin architectural, ce qui me convenait bien. Cela a contribué à mon choix d’études et au fait que je souhaitais un emploi où je pourrais entrer en contact avec de nombreuses personnes. C’est ainsi que j’ai fini par suivre une formation en architecture de façon très atypique. Une fois mes études terminées, j’ai effectué un stage en grande partie pour la forme et j’ai rapidement commencé à travailler avec des entrepreneurs et des promoteurs. La conception n’était pas quelque chose pour moi, mais bien plutôt les aspects commerciaux, techniques et juridiques. Plus tard, j’ai également suivi un master complémentaire en gestion de la construction, des cours d’évaluation immobilière et d’expertise, et aussi un MAoff (Gestion d’un cabinet d’architectes). »
Carl : « Je suis un concepteur invétéré qui aime se concentrer sur le programme des exigences, la recherche conceptuelle, les concours d’architecture, les expositions et les débats. Je préfère me passer des cahiers des charges et des métrés. Lorsque Nico a obtenu ses premiers contrats et qu’il s’arrachait les cheveux en s’essayant à la conception, le déclic s’est fait très rapidement. En collaborant, nous pouvions offrir à ces maîtres d’ouvrage une prestation de services globale. En fait, nous anticipions la complexité croissante de la profession, qui selon moi ne fera qu’élargir de plus en plus, à l’avenir, la scission entre conception et exécution. »
Le démarrage : sur les chapeaux de roue
Tout est allé très vite pour le jeune cabinet. Pour l’un de leurs premiers projets, la reconversion d’un immeuble sur la Grand-Place (Grote Markt) d’Anvers en deux appartements, alors que le restaurant du rez-de-chaussée devait rester en activité, ils reçurent d’emblée un prix de la ville. Leur premier cabinet fut également primé. Carl : « Grâce à ces projets de référence, nous avons attiré d’autres contrats et nous nous sommes constitué rapidement un beau portefeuille. »
Nico : « La loi Laruelle nous a donné un coup de pouce complémentaire. En 2007, nous avons monté une nouvelle société d’architecture et transformé notre société existante en société de gestion immobilière ‘ON (T) ROEREND’ (onroerend = immobilier / ontroerend = émouvant). Cette dernière nous a permis de développer nous-même le projet ‘Comptoir Sucrier’. »
Carl : « La pression était énorme. Je me rappelle encore que lorsque nous avons inscrit notre cabinet rénové pour les Awards de l’Architecture belge, nous n’avons pas passé la première sélection. À tort selon moi. Bien que le règlement ne le permettait pas, nous avons réinscrit le même projet deux ans plus tard. Cette fois nous avons bien remporté un prix. Ceci pour dire qu’il faut de la chance dans la vie. »
Le portefeuille de Verdickt & Verdickt ARCHITECTEN est très diversifié, avec, comme dit plus haut, une préférence pour la réaffectation et la rénovation. À nouveau un mélange d’ambition et de sobriété. « Nous trouvons le changement passionnant et nous n’aimons pas mettre tous nos œufs dans le même panier. Lorsque la crise a éclaté, en 2008, et que le marché des clients privés et des PME a complètement stagné, nous avons réussi à faire face grâce aux marchés publics et aux concours. »
Durant toutes ces années il y eu régulièrement des étincelles dans la partie arrière de l’entrepôt de sucre, avouent les deux architectes. Nico : « Nous avons deux caractères très différents. Je regarde avant tout la rentabilité, tandis que pour Carl c’est le défi de la conception qui prime. »
Carl : « Le fait que nous avons chacun notre propre champ d’action, a souvent évité des différences d’opinion à un stade précoce. Nous nous rendions aussi compte que nous avions besoin l’un de l’autre pour réussir. Mais si nous n’avions pas été frères, nous n’aurions plus fait équipe aujourd’hui. Pour moi, l’architecture est une passion ; pour Nico c’est un business qu’il exerce avec autant de passion. »
Le marché : exaltant
Aujourd’hui, le cabinet d’architectes est réduit aux deux associés et à trois architectes de projet. Nico : « C’est dû à l’évolution du marché. Le créneau des investisseurs privés disposant d’un budget supérieur à la moyenne se réduit. Ces personnes reculent devant la complexité du processus d’achat, de rénovation et de construction. Elles sont remplacées de plus en plus par des promoteurs. Nous construisons aussi des appartements, mais seulement si la mission nous plaît. Nous ne passons à l’exécution que lorsqu’il y a contrat, et nous refusons donc de réaliser gratuitement un avant-projet, contrairement à certains collègues. »
Carl : « Lors d’un premier entretien avec un maître d’ouvrage particulier, nous répondons d’emblée ‘niet’ lorsque le programme, le budget, les honoraires ou le défi architectural ne nous conviennent pas. Parfois à contre-cœur, mais c’est pour nous un gage de liberté. Gagner des contrats dans ces conditions, dans un marché en constante recherche vers le plus rapide et le moins cher, est tout sauf une sinécure. D’où la petite taille de l’équipe. Je connais beaucoup de collègues de mon âge qui ont un cabinet bien plus grand et qui stressent constamment pour maintenir leur affaire à flot, et qui sont obligés d’accepter pratiquement tout ce qui se présente. Nous préférons plutôt choisir et mettre nos connaissances et notre énergie dans des projets ambitieux. »
Nico : « Il y a encore des donneurs d’ordre qui réservent de l’argent pour une prestation de services de qualité, parce qu’ils savent que cet investissement est rentable. Ainsi, pour le projet IDEAL, Carl est, par ex., parvenu à concevoir un bâtiment de 32 mètres de long, avec 22 logements, et ne comportant qu’un seul ascenseur et une circulation extérieure servant aussi de voie d’évacuation. En outre, seuls les niveaux 1 et 3 comportent une circulation commune et, pour le reste, les appartements en duplex s’emboîtent les uns dans les autres comme des blocs Tetris, ce qui bien entendu nécessite de bien traiter l’acoustique. De telles solutions innovantes ne sont accessibles au maître d’ouvrage que contre des honoraires corrects. »
Carl : « Ce même maître d’ouvrage nous avait aussi demandé de convertir l’ancienne cure de Kieldrecht en quatre appartements. Cette cure était bordée par un grand jardin à l’abandon, caché par une haie et situé en plein cœur du village. J’ai trouvé cela idéal pour une résidence. En discutant avec les services compétents et moyennant diverses propositions, je suis arrivé à les convaincre de permettre en outre la construction de trois autres logements mitoyens. Chacun y gagne avec cette solution. Le promoteur qui voit la valeur de son projet grimper. Les habitants du village qui y gagnent un jardin dans lequel nous allons à nouveau planter des arbres fruitiers d’antan. La commune qui n’a pas à sacrifier d’espace libre et qui aura un centre plus vivant. Dans de tels dossiers vous pouvez, en tant qu’architecte, faire toute la différence. »
L’administration : question de confiance
Carl : « Autre exemple similaire : le projet Viaduct-Dam. La parcelle triangulaire présente une différence de niveau de deux étages par rapport à la rue en contrebas. Nous avons comblé l’espace par deux habitations mitoyennes côté rue, et trois appartements superposés. Cela a demandé pas mal de discussions avec les Pompiers. Via des tractations avec le service de l’environnement et la commission de bien-être, nous avons réussi à ajouter une toiture-terrasse, bien qu’au départ ce n’était pas autorisé. N’est-ce pourtant pas magnifique de voir, depuis le parc Spoor Noord, pousser là-bas un arbre ? »
« Dans de tels dossiers, il faut gagner la confiance de l’administration. Pour nos maîtres d’ouvrage nous nous efforçons toujours d’obtenir une optimisation de la qualité de leur projet, et nous la défendons bec et ongles devant l’administration. Mais lorsqu’un donneur d’ordre ignore le permis en cours de réalisation, nous renvoyons immédiatement la commande, malgré le manque à gagner. Si vous vous compromettez en tant qu’architecte sous la pression d’un promoteur ou autre, vous perdez votre crédibilité auprès de l’administration. »
Les services administratifs sont parfois blâmés pour leur manque de volonté d’explorer de nouvelles pistes de réflexion. À tort ou à raison ? Carl : « Le Code de la construction et l’attention toujours portée sur les nouveaux lotissements sont en effet très peu adaptés au développement de nouvelles formes de logement En tant qu’architecte, vous devez servir de bâtisseur de passerelles et de source d’inspiration. Les fonctionnaires iront dans votre sens tant qu’ils auront suffisamment de liberté de mouvement par rapport aux décideurs. Mais si la confiance entre les autorités politiques et l’administration est perdue, le fonctionnaire prendra position moins rapidement. Cela crée un flou préjudiciable à toutes les parties impliquées. »
Concours : gagnés 22
Le choix d’un cabinet plus petit et l’accent mis sur la rentabilité offrent beaucoup de liberté, mais cette liberté a également un prix. Nico : « Nous sommes prudents en matière de concours, car le bassin dans lequel on pêche est parfois trop grand. Lorsque la probabilité de gagner est trop faible, je refuse de participer. Les longs déplacements, au Limbourg par exemple, représentent un obstacle selon moi, car les heures passées par l’architecte de projet dans les embouteillages sont impossibles à intégrer dans les honoraires. »
Carl : « Personnellement, j’aimerais participer à plus de concours, mais je suis d’accord avec Nico pour dire que nous devons être parmi les cinq premiers à concourir et être suffisamment à l’aise avec le contexte et la nature de la mission et disposer des références appropriées. Concernant les déplacements au Limbourg nos avis divergent. Pour moi, l’architecture signifie que vous créez pour une communauté un bâtiment qui aura ensuite plusieurs vies et qui, espérons-le, favorisera une fertilisation croisée entre les personnes. Récemment nous avons gagné un concours pour la construction d’une synagogue et d’une école pour la congrégation juive Yatev Lev. Nico n’avait pas trop envie de s’inscrire à ce concours, mais pendant un week-end de vacances j’ai commencé par en faire une esquisse et c’est ce qui l’a convaincu. Ce sera un projet avec une promenade couverte, afin que les Anversois puissent se promener, au sens propre, parmi cette communauté fermée. La communauté elle-même était ravie de cette idée. Cette commande passionnante m’a plongé dans une culture totalement différente. »
Nico : « Du fait de notre taille, certaines missions nous échappent toutefois. Par exemple, nous ne sommes plus inscrits pour le pool d’AG VESPA car nous avons estimé que leurs exigences en matière de formation d’équipe et de surveillance à long terme après réception des travaux étaient irréalisables. »
Carl : « Dans de tels concours, on essaie en fait d’attirer l’architecte à l’aide d’une carotte. On vous demande de proposer une vision totalement innovante, tout en étant soumis au budget et aux conditions supplémentaires imposées par l’AG VESPA, compte tenu des problèmes de construction complexes, et sans honoraires supplémentaires. »
L’avenir : point d’interrogation
Comment les deux frères voient-ils l’avenir de leur profession et de leur cabinet ? Carl : « Afin de faire face de manière appropriée à différents défis tels que l’accessibilité financière, la pression sur les villes et l’espace, les changements démographiques et la composition de la famille, l’évolution technique et les réglementations, vous devez posséder le savoir-faire de différentes disciplines. Un changement d’échelle est nécessaire, que ce soit par la croissance ou par la coopération. »
Nico : « Pour ce qui est de la coopération, nous progressons, sans aucun doute. Pour le projet Tondelier, à Gand, où nous réalisons 22 appartements, nous prenons en charge la conception, mais pour la réalisation, nous collaborons avec le bureau d’études Bureau Bouwtechniek. »
Carl : « À mon avis, une telle organisation du processus de construction deviendra courante à l’avenir. D’une part, vous avez un cabinet de conception, qui investit dans le savoir-faire en matière de densification, d’urbanisme et de recherche de design, qui se recycle constamment et suit de près les développements internationaux. D’autre part, vous avez des bureaux d’études qui se spécialisent dans l’aspect ingénierie de l’architecture. Dans les très grands cabinets d’architectes, ces deux fonctions sont parfois regroupées, mais de tels bureaux peuvent être plus difficilement créatifs et novateurs. En interne, le processus de conception sera d’emblée freiné par toutes sortes de limitations. En tout cas, je vois pour l’architecte des chances fantastiques. Non seulement au sein des cabinets d’architectes, mais aussi dans l’administration pour y créer un cadre juridique sur mesure, et auprès des entreprises pour amener, depuis sa perspective, un apport complémentaire lors des réflexions communes. Rien qu’au point de vue densification, l’architecte peut occuper une position clé en réfléchissant à ce qu’il vaut mieux ne pas construire. Car l’espace vide constitue la clé d’une densification de qualité. »
Comment voient-ils leur propre cabinet ? Carl : « C’est encore un point d’interrogation. Nous avons voulu, à un certain moment, intégrer un troisième partenaire, mais sans succès. La question est à présent de savoir comment maintenir convenablement les connaissances que nous avons acquises. »
Nico : « Les possibilités sont légion. Fusionner ? S’agrandir ? Nous ne savons pas pour le moment ce qui nous attend, mais nous nous y préparons. »
Par Colette Demil et Staf Bellens
Carl : « Moins de mise en forme et plus de sens, voilà ce qui compte pour moi. Je plaide pour des bâtiments primitifs mis au goût du jour, tels que l’étaient les anciennes granges. Ces dernières n’étaient d’ailleurs pas conçues par des architectes, mais découlaient, naturellement, de leur fonction. »
Nico : « Je dis toujours que nous n’avons pas de style. Bien entendu, nous avons une signature, mais elle se retrouve dans de très nombreux types de projets et dans un tas de réponses différentes à des interrogations semblables. Chaque processus de conception conduit à quelque chose de neuf parce que le maître d’ouvrage est toujours différent. »